Phraséologismes de crise et verrouillage discursif dans la relation franco-algérienne

اصطلاحات الأزمة والانغلاق الخطابي في العلاقات الفرنسية الجزائرية

Crisis Phraseologisms and Discursive Locking in Franco-Algerian Relations

Youcef Immoune

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Youcef Immoune, « Phraséologismes de crise et verrouillage discursif dans la relation franco-algérienne », Aleph [En ligne], mis en ligne le 20 mai 2026, consulté le 23 mai 2026. URL : https://aleph.edinum.org/17006

Cette contribution analyse le rôle des phraséologismes pragmatiques et des formules métaphoriques dans la médiatisation de la crise diplomatique franco-algérienne contemporaine. À partir d’une archive raisonnée d’articles de presse couvrant les séquences de tension ouvertes depuis 2024, elle examine le syntagme pivot « bras de fer » et le réseau d’expressions qui l’accompagne : « guerre de tranchées », « ligne rouge », « point de non-retour », « pyromanie », « chantage aux visas », « feuilleton diplomatique » ou « imbroglio juridico-administratif ». L’approche articule phraséologie du discours, pragmatique inférentielle, analyse interdiscursive et théorie des métaphores conceptuelles. Elle montre que ces unités ne relèvent pas d’un simple ornement stylistique : elles construisent des scènes d’affrontement, distribuent des rôles, orientent les attentes du lectorat, configurent une économie de la responsabilité et restreignent les possibilités discursives de compromis. L’article met en évidence trois régimes d’images dominants — guerre/militarisation, seuil/irréversibilité, humiliation/rejet — et souligne leur fonction de dramatisation, de polarisation axiologique et de verrouillage interprétatif. Il propose enfin une grille transférable à l’analyse d’autres crises diplomatiques médiatisées.

تتناول هذه الدراسة دور التعبيرات الاصطلاحية التداولية والصيغ الاستعارية في تأطير الأزمة الدبلوماسية الفرنسية الجزائرية المعاصرة داخل الخطاب الصحفي. وتنطلق من أرشيف صحفي موجّه يغطي تسلسلات التوتر منذ سنة 2024، مع التركيز على التعبير المحوري «ليّ الذراع» وعلى الشبكات الدلالية المحيطة به، مثل «حرب الخنادق» و«الخط الأحمر» و«نقطة اللاعودة» و«الابتزاز بالتأشيرات» و«المسلسل الدبلوماسي» و«الإرباك القانوني والإداري». وتجمع المقاربة بين الفراسيولوجيا الخطابية، والتداولية الاستدلالية، وتحليل التناصّ الخطابي، ونظرية الاستعارة المفهومية. وتبيّن الدراسة أن هذه الوحدات لا تؤدي وظيفة زخرفية فحسب، بل تنتج مشاهد صراعية، وتوزّع الأدوار، وتوجّه توقعات القارئ، وتنظّم اقتصاد المسؤولية، وتضيّق إمكانات التسوية الخطابية. وتكشف الدراسة عن ثلاثة أنظمة صورية كبرى: الحرب والعسكرة، العتبة واللا رجعة، والإذلال والرفض. كما تقترح شبكة تحليلية قابلة للتطبيق على أزمات دبلوماسية أخرى تتوسطها وسائل الإعلام.

This article examines the role of pragmatic phraseological units and metaphorical formulas in the media framing of the contemporary Franco-Algerian diplomatic crisis. Based on a purpose-built press archive covering crisis sequences since 2024, it focuses on the pivotal expression bras de fer and on the network of fixed expressions surrounding it, including guerre de tranchées, ligne rouge, point de non-retour, pyromanie, chantage aux visas, feuilleton diplomatique and imbroglio juridico-administratif. The framework combines discourse phraseology, inferential pragmatics, interdiscursive analysis and conceptual metaphor theory. The article argues that these expressions do not merely operate as stylistic ornaments. They construct agonistic scenes, allocate roles, guide readers’ expectations, organize responsibility and reduce the discursive space available for compromise. Three dominant regimes of imagery are identified: war and militarization, threshold and irreversibility, humiliation and rejection. The analysis shows how these regimes dramatize the crisis, polarize evaluation and lock interpretation into a recurrent script of confrontation. The proposed framework can be transferred to the study of other mediatized diplomatic crises.

Introduction

Depuis 2024, la relation franco-algérienne, de nouveau marquée par une succession de crises, occupe les colonnes de la presse française et de la presse algérienne qui relaient et amplifient les tensions autour de nombreux contentieux : obligations de quitter le territoire français (OQTF) et laissez-passer consulaires ; crise des visas diplomatiques ; la volte-face française sur la question du Sahara occidental ; l’affaire Sansal ; les expulsions d’influenceurs réclamés par l’Algérie ; le rappel des ambassadeurs ; le contentieux autour de la condamnation en Algérie d’un journaliste français ; les tensions autour de la « valise diplomatique ». Ce cumul de tensions conduit à parler de « crise diplomatique durable », en tant que symptômes d’une crise enracinée, d’une part, et amenée à redéfinir la relation à l’avenir, d’autre part. La presse a une grande part de responsabilité dans la construction publique de ces crises successives, au point qu’il est légitime d’évoquer, à l’instar de nombreux analystes, « des calculs de surenchère ».

Dans ce contexte, le recours récurrent, dans la presse, aux expressions figées pour dire et redire la relation franco-algérienne est patent : « bras de fer », « guerre de tranchées », « casus belli », « bombe à fragmentation multiple », « point de non-retour », « ligne rouge », « dialogue de sourds », « le torchon brûle », « succomber aux sirènes », « séquences à rebondissements », « imbroglio juridico-administratif », etc. Dans ces réseaux de phraséologismes, l’expression « bras de fer » en constitue la formule pivot. Loin de constituer de simples ornements stylistiques, ces expressions ont une fonction structurante dans l’orientation de l’interprétation, la distribution des rôles, l’installation de scénarios d’escalade ou de rupture et la contribution au figement de l’image d’une relation qui ne peut qu’être vouée au conflit.

À ce titre, les travaux récents en phraséologie du discours invitent expressément à interroger ces unités figées sous l’angle d’un ensemble de ressources discursives constituées et constituantes. Dans ce sens, la phraséologie se pose comme un observatoire privilégié des fonctionnements pragmatiques et idéologiques des discours (I. Sfar et P.-A. Buvet, 2017 ; I. González-Rey, 2022 ; M. Kauffer et Y. Keromnes, 2022 ; P. Frath et C. Gledhill, 2007). En référence aux numéros récents des revues Lexique, Langages et Cahiers de lexicologie, les travaux qualifient ces expressions figées de pragmatèmes dont l’interprétation mobilise, au-delà de leur sens lexical, des savoirs contextuels, idéologiques et culturels, articulés à des situations typiques d’énonciation (G. Dostie et D. Sikora, 2021 ; S. Mejri, 2018a). C’est dans cette perspective que l’on peut dire que nous avons affaire à des expressions qui activent des cadres d’interprétation à stabiliser afin d’organiser la manière dont il est pertinent, du point de vue des utilisateurs, de penser la relation diplomatique, en l’occurrence franco-algérienne. Dans le prolongement de ces réflexions, l’analyse du discours range ces expressions figées dans la catégorie de ce que A. Krieg-Planque (2003, 2009) appelle des formules, à savoir des unités phraséologiques stabilisées, fortement mémorisables et polémiques qui structurent les débats publics et cristallisent des enjeux de pouvoir et de domination. Circulant entre déclarations des politiques, commentaires éditoriaux et titres de presse, selon une logique interdiscursive (M. Pêcheux, 1975, 1990 ; D. Maingueneau, 2002 ; S. Moirand, 1999), une occurrence comme « bras de fer » est prise dans un réseau de réemplois qui déborde l’article de presse où elle apparaît. Enfin, sur le plan de la phraséologie cognitive et de la pragmatique métaphorique (M. Bonhomme, 2005, 2022 ; A. Naciscione, 2001, 2003 ; D. Dobrovol’skij et E. Piirainen, 2005), ces expressions figées déclenchent le déploiement d’un imaginaire qui repose sur des processus de schématisation simples et efficaces dans l’espace public. Des « prêts-à-penser » qui simplifient la réalité, imposent des scénarios narratifs et dictent les rôles à attribuer aux acteurs impliqués.

Partant de ces considérations et constats, ainsi que d’une archive de presse française et algérienne couvrant la période de 2024-2026 et d’un corpus constitué autour du phraséologisme pivot « bras de fer » et du réseau de formules qui l’entourent en tant que métaphores de conflit, de seuil, de tension, de feuilleton, cette contribution examine leur fonctionnement pragmatique et interdiscursif en tant qu’il se révèle fortement efficace dans la configuration de la relation France-Algérie, orientée dans le sens d’un conflit structurel portant aussi des enjeux de conflictualité politique interne. Il s’agit de montrer :

  • Comment ces expressions organisent des régimes d’images qui dramatisent et verrouillent l’interprétation des événements ;

  • Comment la presse française et la presse algérienne se les réapproprient, les infléchissent ou les renversent dans une dynamique interactionnelle ;

  • Quels scénarios inférentiels sont imposés aux lecteurs dans la compréhension des crises diplomatiques.

Après la présentation du cadre théorique (phraséologie pragmatique et interdiscursive) et méthodologique, l’analyse procède à l’analyse du fonctionnement de « bras de fer » et de ses satellites métaphoriques dans la construction journalistique du conflit, puis examine ensuite les enjeux d’appropriation croisée entre les deux champs de presse, avant de conclure sur les enjeux heuristiques et sociopolitiques de l’approche que nous avons suivie.

L’hypothèse centrale est donc la suivante : les phraséologismes de crise ne se bornent pas à nommer un état de tension ; ils produisent une scénographie de la relation, sélectionnent des responsabilités, distribuent les positions actantielles et rendent certaines issues plus vraisemblables que d’autres. L’apport de l’article tient à cette articulation entre micro-unités phraséologiques, scénarios inférentiels et économie politique de la médiatisation diplomatique.

1. Phraséologie du discours : précisions méthodologiques et conceptuelles

1.1. Méthodologie de la construction du corpus

Afin de lever toute ambiguïté méthodologique, le corpus doit être compris comme une archive raisonnée, et non comme un simple répertoire d’occurrences. Sa pertinence tient à la corrélation entre trois plans : la chronologie des séquences diplomatiques, la récurrence positionnelle des formules dans les titres, chapôs et éditoriaux, et la capacité de ces formules à produire des inférences politiques. Cette précision est décisive : elle permet de distinguer le relevé lexical de l’analyse discursive, et d’éviter que l’étude ne soit perçue comme une simple collection d’expressions médiatiques.

L’unité d’observation n’est donc pas seulement l’expression figée, mais le complexe formé par l’expression, son cotexte immédiat, le lieu de son apparition dans le texte journalistique, l’événement qui la rend disponible, ainsi que la position énonciative du média qui la reprend. Une occurrence placée dans un titre n’a pas la même force pragmatique qu’une occurrence citée dans le corps de l’article ou attribuée à un responsable politique. La méthode retenue impose dès lors une lecture à la fois lexicale, énonciative et interactionnelle.

Pour rendre l’analyse reproductible, chaque occurrence est considérée selon quatre paramètres minimaux : la forme exacte du segment, son emplacement textuel, la source énonciative qui l’assume ou le cite, et l’effet pragmatique dominant qu’elle rend disponible. Cette procédure évite de confondre fréquence lexicale et portée discursive : une formule peu fréquente mais placée en titre peut peser davantage dans le cadrage public qu’une occurrence répétée dans le corps d’un article.

Cette étude s’appuie sur une archive de presse couvrant la période de 2024-2026, dans la mesure où elle est marquée par une succession de séquences de tension entre la France et l’Algérie : durcissement puis contestation des obligations de quitter le territoire français (OQTF) et des laissez-passer consulaires, dénonciation par Alger des accords de 2013 sur l’exemption de visas diplomatiques, reconnaissance par Paris de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental, affaire de l’emprisonnement puis de la grâce présidentielle accordée à l’écrivain Boualem Sansal, pression autour du journaliste Christophe Gleizes arrêté et condamné en Algérie, crise provoquée par l’expulsion de France de l’« influenceur » algérien, puis son refoulement par les autorités algériennes, des tentatives de réchauffement avorté marquées par diverses visites ministérielles françaises à Alger.

Cette archive est construite de manière finalisée, correspondant à ce que rappelle P. Charaudeau (2009) à travers la formule « dire son corpus, c’est déjà dire sa problématique. Cette archive ne vise pas l’exhaustivité, mais la mise en cohérence d’un ensemble de textes répondant à l’objectif d’explorer le fonctionnement phraséologique des formules de conflit et de seuil, suivant trois critères : a) un topique (France-Algérie) et un espace temporel correspondant aux séquences de crise récentes ; b) un espace médiatique contrastif : presse française / presse algérienne ; c) un réseau phraséologique pivot centré sur l’expression « bras de fer » et ses satellites métaphoriques. Il s’agit donc d’une archive orientée (Y. Immoune, 2019), correspondant à un découpage de la matérialité discursive, constituant ainsi un espace problématisé où se négocie la représentation de la relation bilatérale. Ainsi, la collecte obéit à une démarche en deux mouvements : a) une entrée événementielle : par des mots-clés renvoyant à des foyers de tension diplomatique et politique ; b) une entrée énonciative : cibler les phraséologismes, en tant que formules jouant un rôle structurant dans la mise en récit des événements. Une approche croisée qui, selon Charaudeau (2005), permet d’éviter d’une part de laisser la seule chronologie événementielle dicter l’archive et le corpus ; d’autre part, d’éviter l’arbitraire d’un relevé purement lexical ou phrastique décontextualisé.

Ce parcours est précisé et orienté par les considérations conceptuelles relatives à la phraséologie du discours suivantes, notamment en ce qui concerne l’identification des phraséologismes.

1.2. Phraséologismes pragmatiques et formules

La distinction entre phraséologisme pragmatique, pragmatème et formule permet de préciser le statut des unités étudiées. Le phraséologisme renvoie à une relative stabilité formelle ; le pragmatème ajoute l’idée d’un ancrage dans des situations d’énonciation typiques ; la formule, telle que l’analyse du discours l’a définie, introduit la dimension de la circulation sociale, de la polémicité et de la mémorisation collective. Les expressions retenues relèvent précisément de ce triple régime : elles sont reconnaissables, réemployables et investies d’une valeur argumentative dans l’espace public.

Il est question d’une approche focalisée sur la phraséologie du discours, attentive à ses usages, tenant compte des genres et des effets pragmatiques qu’elle produit : des unités figées, en tant que ressources discursives, intégrées à des pratiques textuelles et interactionnelles situées (O. Soutet, S. Mejri et I. Sfar, 2018 ; M. Kauffer et Y. Keromnes, 2022). En admettant les liens étroits établis entre phraséologie, culture et philosophie du langage (P. Frath et C. Gledhill, 2007), ces expressions se manifestent comme des condensés de savoirs partagés, de stéréotypes et de formes de « sens commun » mobilisés dans les échanges publics. Leur interprétation implique ainsi la prise en compte des éléments cotextuels et contextuels, des dimensions interactives et actionnelles du langage (G. Dostie et D. Sikora, 2021). De même que dans le cadre de la théorie Sens-Texte (I. Mel’čuk, 2003, 2013), le sens de ces expressions figées, considérées comme pragmatèmes, dépend de situations d’énonciation typiques : formules de politesse, expressions rituelles, annonces, etc. On le voit bien, ces expressions conjuguent figement, ancrage situationnel et valeur illocutoire intégrée. Rapprochées de la notion de formule (A. Krieg-Planque, 2009), ces expressions renvoient à des séquences verbales stabilisées, fortement mémorisables et socialement saillantes. Elles cristallisent des enjeux de pouvoir, de nomination et de polémique, fonctionnant comme énoncés-objets de discours qui circulent, sont repris, contestés et recontextualisés, tout en conservant une forme reconnaissable et un « halo » de significations et d’affects associés. C’est dans ce sens que l’on peut convoquer la notion de « discours d’escorte » (M.-P. Luneau et D. Saint-Amand, 2016), pour dire que ces phraséologismes agissent en tant qu’ils « escortent » les événements en orientant leur lecture avant même de présenter les faits : au vu de leur emplacement privilégié dans les titres, les chapôs et les éditoriaux. Les expressions « bras de fer diplomatique », « crise sans précédent », « séquences à rebondissements », « imbroglio juridico-administratif » constituent des marqueurs d’escorte, tant elles préformatent la réception de l’événement, inscrit d’emblée dans la configuration d’un récit paroxysmique de conflit et de confusion.

1.3. Métaphores de conflit et images-schémas

Cette articulation entre phraséologie et métaphore permet d’éviter une lecture purement stylistique des expressions. Dire qu’une crise devient un « bras de fer » ou qu’une décision franchit une « ligne rouge », ce n’est pas seulement produire une image ; c’est assigner aux acteurs des positions, des obligations et des attentes. L’image-schème configure ainsi une scène cognitive minimale : deux forces s’opposent, une limite est franchie, un seuil rend le retour incertain. La métaphore fonctionne alors comme une matrice d’inférences.

Les expressions telles que « bras de fer », « escalade », « franchir une ligne rouge », « point de non-retour » ou « bombe à fragmentation multiple » relèvent d’une métaphorisation agonistique. Elles transposent dans le champ diplomatique et médiatique des schémas issus du combat, du sport et de la guerre. En tant que métaphores conceptuelles reposant sur des images-schémas, elles condensent des structures spatiales et dynamiques simples qui rendent intelligibles des situations politiques pourtant complexes (G. Lakoff et M. Johnson, 1985).

En effet, en projetant le domaine source de la guerre ou de l’affrontement sur celui de la crise diplomatique, la métaphore de la guerre oriente la perception des événements vers une logique d’affrontement et de résistance. Elle participe d’une structuration de la pensée collective, des représentations sociales et de l’orientation des émotions. Parler de « guerre de tranchées », de « bras de fer diplomatique », de « casus belli » pour lire les désaccords revient, comme le souligne M. Bonhomme (2005), à dire que ces figures figées remplissent des fonctions cognitives et argumentatives qui simplifient les situations complexes, imposent des cadres interprétatifs en hiérarchisant l’information et en dramatisant les enjeux. Adossées à une motivation conceptuelle, elles constituent un réseau d’images partagées culturellement dont l’emploi en discours les actualise ou les infléchit selon les contextes (A. Naciscione, 2001, 2003). Comme elles peuvent être rattachées à une idiomatologie cognitive qui rend compte des idiomes liés à la force et au conflit mettant en forme des scénarios de contrainte, de pression, de résistance et de rupture (D. Dobrovol’skij et E. Piirainen, 2005). Les métaphores guerrières, ambivalentes, instaurent d’un côté une logique de résistance et de l’autre entretiennent la peur, la méfiance et la diabolisation de l’adversaire (A. Musolff, 2004). L’accumulation de métaphores de conflit (« bras de fer », « guerre de tranchées ») ou de seuil (« ligne rouge », « point de non-retour ») installent l’idée d’une crise permanente, structurelle et difficilement réversible.

1.4. Interdiscours médiatique et discours diplomatique

Dans le sillage de M. Pêcheux (1975 ; 1990), on souscrit à l’idée que tout énoncé est pris dans un réseau d’énoncés constituant un « déjà-dit » et un « dicible » qui dépassent les limites formelles du texte où il apparaît. L’énonciation articule ainsi langue et interdiscours, entendu comme l’« objectivité matérielle » des discours antérieurs et concurrents qui conditionnent la possibilité d’un dire et d’un entendre à un moment donné. Cela implique l’idée que les phraséologismes comme « bras de fer » fonctionnent comme des préconstruits interdiscursifs, ancrés dans des réseaux de sens hérités, et actualisés dans le contexte des relations diplomatiques franco-algériennes. Elles remobilisent les guerres, les crises, les relations coloniales, dans une dynamique circulaire qui déborde le seul article où elles se remanifestent.

Ce sont des « routines de cadrage » qui accompagnent les faits et les inscrivent dans des cadres interprétatifs familiers. Dans le cas des relations franco-algériennes des dernières années, en particulier, les mêmes formules circulent entre la presse française et la presse algérienne, avec des infléchissements, des contestations, des renversements qui marquent les oppositions et distinguent les positionnements idéologiques et géopolitiques. Constanze Villar (2006) souligne à juste titre que le discours diplomatique, pourvu de régimes sémiotiques propres, a pour fondement une logique de négociation dont le moteur est une dialectique de la ruse et de la véridiction, la gestion de l’ambiguïté, des quêtes de sécurité, d’influence et de prestige. Les phraséologismes relatifs à notre corpus agissent comme des formules médiatico-diplomatiques à la croisée de plusieurs espaces discursifs : diplomatiques (déclarations officielles), politiques intérieures à enjeux électoraux et médiatiques (titres, chapôs, éditoriaux).

2. Identification des phraséologismes et grille d’analyse

2.1. Identification

Au vu de ce qui est proposé par la phraséologie pragmatique, les phraséologismes retenus et discutés présentent les caractéristiques suivantes : a) un figement formel : résistance aux variations syntaxiques majeures ; b) une idiomaticité partielle ou totale (I. Mel’čuk, 2013 ; G. Gross, 2015) dans la mesure où le sens phraséologique se distingue du sens littéral par une conventionnalisation non pas linguistique, mais discursive ; c) une valeur évaluative et axiologique marquée en ce sens où les phraséologismes expriment un jugement sur la situation et manifestent la subjectivité énonciative des auteurs des discours ; d) une récurrence dans l’archive explorée, manifestant une saillance positionnelle dans la spatialité du discours (titres, chapôs, intertitres). Ces critères, inspirés de G. Dostie et D. Sikora (2021) pour les phraséologismes pragmatiques, permettent de circonscrire les unités qui jouent un rôle d’opérateurs discursifs dans la construction des événements.

C’est dans ce sens que s’est formé un noyau de phraséologismes pivot organisé autour de « bras de fer » et de son réseau métaphorique, décliné en plusieurs familles isotopiques : a) guerre-violence : « guerre de tranchées », « casus belli », « bombe à fragmentation multiple », « pyromane », « bouter hors », « conflit », « torpiller » ; b) seuils-limites : « point de non-retour », « ligne rouge », « creuser le fossé », « franchir un cap », « seuil de rupture », « le torchon brûle » ; c) purification-humiliation-rejet : « aller à Canossa », « bouc émissaire », « strapontin », « passer son chemin », « être relégué », « servir de variable d’ajustement » ; d) stratégie-jeu-calcul : « bras de fer », « bras de fer diplomatique », « bras de fer place Beauvau/Élysée », « levier de pression », « surenchère », « marchandage » ; e) feuilleton-imbroglio : « séquence à rebondissements », « imbroglio juridico-administratif », « saga », « épisode », « feuilleton diplomatique » ; f) tentation-sidération-enchantement : « céder aux sirènes », « succomber aux sirènes », « enthousiasme douché », « illusion dissipée ».

Ces familles ne doivent être considérées comme des listes fermées, mais comme des réseaux de sorte à repérer et à interpréter des nœuds reliés par des proximités sémantiques et pragmatiques (métaphoriques, argumentatives et évaluatives) qui configurent des régimes d’images distincts pour dire la relation France-Algérie (A. Naciscione, 2001, 2003).

2.2. Grille d’analyse

La grille suivante permet de stabiliser l’opérationnalisation de l’analyse. Elle permet de passer d’un relevé d’occurrences à une interprétation contrôlée des effets discursifs produits par les formules.

Elle a également une fonction de contrôle épistémologique : elle oblige à distinguer l’observable linguistique, l’interprétation pragmatique et l’inférence sociopolitique. L’analyse gagne ainsi en technicité sans perdre son ancrage dans la matérialité des textes.

Tableau 1. Grille d’analyse des phraséologismes de crise

Entrée d’analyse

Question opératoire

Indices observables

Effets attendus

Forme et historicité

Quelle stabilité formelle et quelle mémoire discursive ?

plurilexicalité, variantes, figement, extension d’usage

stabilisation de la formule

Position énonciative

Qui reprend l’expression et depuis quelle position ?

voix journalistique, citation politique, polyphonie

orientation axiologique

Lieu textuel

Où l’expression apparaît-elle ?

titre, chapô, intertitre, conclusion, citation

force de cadrage

Effet pragmatique

Que fait l’expression dans l’économie du texte ?

dramatisation, menace, délégitimation, victimisation

production d’inférences

Circulation interdiscursive

Comment l’expression passe-t-elle d’un espace discursif à un autre ?

réemploi, renversement, absence, reformulation

interaction entre champs médiatiques et politiques

La grille d’analyse, qui ressort de cette discussion conceptuelle et méthodologique, articule plusieurs entrées et participe à l’opérationnalisation de l’analyse du discours médiatique et politico-diplomatique :

Forme et historicité : d’une part, tenir compte de la plurilexicalité du segment considéré en considérant sa structure syntaxique et les variations possibles ; d’autre part, revenir à l’origine du syntagme et considérer ses trajectoires d’extension ou de banalisation et spécialisation dans le discours médiatico-politique. Ainsi, situer les phraséologismes considérés dans un paysage de mémoire discursive (A. Rey, 1997)

Appropriation énonciative : en fonction de qui parle, à partir de quelle position et dans quel segment textuel, voir dans quelle mesure l’unité phraséologique est intégrée à la voix du média, à celle d’un acteur politique ou à une configuration polyphonique. Cela permet de comprendre les infléchissements de la valeur pragmatique de ces expressions.

Contexte d’usage, relativement à l’événement déclencheur et au support médiatique (P. Charaudeau, 2005). Cela permet de voir comment l’expression phraséologique, selon son déplacement dans un enchaînement narratif ou argumentatif donné, produit les effets contextuels de son acceptabilité auprès du public.

Effets pragmatiques : selon les effets pragmatiques produits, illocutoires (dramatiser, banaliser, menacer, délégitimer, victimiser, moraliser) et perlocutoires (rassurer, inquiéter, indigner, discréditer, mobiliser), voir comment ces expressions fonctionnent comme opérateurs d’inférence discursive.

Circulation interdiscursive : entre la presse algérienne et la presse française, ou entre la presse et les acteurs politiques, la circulation des phraséologismes implique qu’il est significatif d’observer s’ils sont présents ou absents, s’ils présentent des décalages de fréquence ou de position, s’ils sont réappropriés ou renversés.

3. « bras de fer » et réseaux métaphoriques : configurer le conflit

3.1. « bras de fer » comme formule pivot

La centralité de cette formule tient aussi à son pouvoir de condensation narrative. Elle donne à la relation bilatérale la forme d’une scène immédiatement intelligible : deux acteurs, une force, une résistance, une issue supposée. Le lecteur n’a pas besoin de connaître les détails des dossiers consulaires, judiciaires ou géopolitiques pour comprendre qu’un rapport de contrainte est instauré. C’est précisément cette économie sémiotique qui explique l’efficacité médiatique du syntagme.

L’expression « bras de fer » fonctionne dans le corpus comme une formule pivot qui schématise la relation franco-algérienne. Elle présente la situation au prisme d’une tension symétrique, mettant en scène deux protagonistes qui cherchent, chacun, à faire plier l’autre. Ce schéma corporel d’une confrontation frontale, issue du jeu de force éponyme, participe d’une simplification : il transforme un conflit complexe en un duel binaire. Bien qu’impliquant de multiples acteurs, enjeux et temporalités, les relations franco-algériennes se réduisent, avec « bras de fer » à ne s’envisager que sous l’angle de la victoire ou de la défaite de l’un ou l’autre camp. Ce même effet de réduction de la complexité à une scène agonistique simple est observable dans des formules de métaphores politiques comparables sur d’autres scènes, comme les conflits sociaux et les luttes syndicales. Cela participe à la dramatisation de l’affrontement et à l’effacement des possibilités de compromis gradués ou de co-construction de solutions.

L’analyse des environnements lexicaux de la formule « bras de fer » met, par ailleurs, en évidence une « prosodie sémantique » marquée par la durée, la pénibilité et le suspense. En effet, l’expression se combine fréquemment avec des collocations telles que « long bras de fer », « bras de fer éprouvant », « bras de fer qui se poursuit », « bras de fer engagé », « bras de fer perdu » ou « bras de fer gagné ». Cela, pour imprimer l’idée et la perception selon lesquelles ces associations lexicales activent un imaginaire d’épreuve prolongée, de tension et d’usure. Cela peut être compris comme le fait que certaines unités lexicales attirent de manière préférentielle et régulière des co-occurrents, constituant ainsi un ensemble chargé d’une coloration pragmatique spécifique. C’est ainsi que « bras de fer », dans ses associations lexicales, évoque un conflit dur, une incertitude durable et une dramatisation du processus.

Ainsi, de façon assez particulière, l’expression « bras de fer » apparaît régulièrement combinée à : a) des indications de durée : « bras de fer qui dure », « bras de fer sans fin » ; b) de pénibilité : « bras de fer éprouvant », « bras de fer tendu » ; c) des formes de suspense narratif : « le bras de fer continue », « bras de fer à son paroxysme ». Ainsi se déploie une scénarisation de la crise diplomatique comme une épreuve de force au long cours. Un récit de confrontation prolongée qui prend le pas sur l’idée d’un simple désaccord ponctuel entre partenaires diplomatiques. La formule « bras de fer » participe, in fine et de manière active, à la mise en intrigue discursive de la relation diplomatique, en orientant la perception des événements vers une logique de confrontation durable.

Sur le plan actantiel, la formule impose une distribution minimale des rôles : un acteur qui résiste, un acteur qui contraint, un public appelé à arbitrer symboliquement l’issue. Elle neutralise les acteurs intermédiaires — administrations consulaires, juridictions, diplomates, médiateurs — au profit d’une scène binaire. C’est précisément cette réduction actantielle qui en fait un opérateur puissant de simplification politique.

3.2. Régimes d’images associés

Le réseau phraséologique qui se déploie autour de l’expression « bras de fer » articule plusieurs régimes d’images. Ces derniers, en tant que métaphores politiques, contribuent à configurer la relation franco-algérienne selon des cadrages ou scénarios interprétatifs distincts, mais complémentaires, qui organisent la compréhension de ces crises internationales.

Ces régimes ne sont pas exclusifs les uns des autres. Ils se renforcent par empilement : une même séquence peut être simultanément lue comme affrontement, franchissement d’un seuil et humiliation symbolique. C’est cette superposition qui produit l’effet de verrouillage : la crise n’est plus seulement décrite, elle devient le cadre même à partir duquel toute information ultérieure sera interprétée.

3.2.1. Régime de la guerre et de la militarisation

Des expressions comme « guerre de tranchées », « casus belli », « bombes à fragmentation multiple », « pyromanes », « bouter hors » transposent explicitement la relation franco-algérienne dans un imaginaire belliqueux. Dans la presse française en particulier, mais aussi dans une partie de la presse algérienne, les désaccords autour des visas, des expulsions, ou des positions géopolitiques sont décrits en termes d’attaque, de riposte, de front ou de levier de pression. Ce type de métaphorisation relève clairement d’un cadre guerrier, qui permet de dramatiser les relations internationales et de les présenter comme des affrontements stratégiques.

La formule « bombe à fragmentation multiple », utilisée pour qualifier les effets différés de certaines décisions françaises par l’Algérie ou les détracteurs du gouvernement français, associe une mesure juridique à la figure d’un engin explosif aux effets incontrôlables. Les métaphores du « pyromane » ou du fait de « jouer au pyromane » imputent à un acteur (ministre français de l’Intérieur) la responsabilité d’ « allumer le feu » de la crise.

Ce régime d’images guerrières contribue à militariser le différend et à le naturaliser comme un conflit latent ou une quasi-guerre.

L’effet discursif majeur réside ici dans la conversion d’un désaccord diplomatique en scène de conflictualité quasi militaire. Le lexique guerrier donne une intensité émotionnelle à des procédures souvent techniques — visa, expulsion, accréditation, coopération judiciaire — et transforme des instruments administratifs en armes symboliques.

3.2.2. Régime des seuils et de l’irréversibilité

Des expressions comme « point de non-retour », « ligne rouge », « creuser le fossé », mais aussi des formules temporelles comme « l’heure est au bras de fer », « l’heure n’est plus aux déclarations » ou, à l’inverse, « l’heure est à la réconciliation », structurent la relation franco-algérienne en termes de franchissement, de rupture et de moments décisifs. Ce sont ainsi des métaphores de seuil et de limite qui correspondent à ce que la linguistique cognitive appelle des « schémas spatiaux fondamentaux impliquant frontière, passage et rupture, tout en conceptualisant des processus abstraits.

Dans ce sens, la « ligne rouge » désigne une limite symbolique à ne pas dépasser sous peine de sanction. Le « point de non-retour » suppose un avant et un après irréversibles. « Creuser un fossé » marque l’évolution des relations franco-algériennes en l’inscrivant dans un schéma de distanciation progressive, difficilement réversible. Les formules temporelles « L’heure est au bras de fer », « l’heure est à la réconciliation » jouent le rôle de marqueurs de phase dans la narration journalistique. Elles inscrivent la relation franco-algérienne dans une chronologie de séquences marquées par la tension, la confrontation et une timide tentative de détente. Cela s’avère caractéristique de la mise en récit médiatique des crises politiques.

Les métaphores de seuil ont ainsi une fonction anticipatrice : elles préparent le lecteur à considérer que l’épisode suivant confirmera nécessairement l’aggravation. Elles réduisent la perception des continuités diplomatiques ordinaires et surexposent les ruptures, les annonces et les gestes de rétorsion.

3.2.3. Régime de la purification, de l’humiliation et du rejet

Des références comme « aller à Canossa », « bouc émissaire », « strapontin », ainsi que des expressions comme « passer son chemin » ou « servir de strapontin » déplacent la scène vers un imaginaire de pénitence, de subalternité et de mise à l’écart.

L’emploi par le président algérien de l’expression « je n’irai pas à Canossa » constitue une formule particulièrement dense sur le plan symbolique et discursif. « Aller à Canossa » renvoie à l’épisode médiéval de l’humiliation/soumission de Henri IV devant le pouvoir papal (Grégoire VII). Depuis, elle est régulièrement mobilisée dans le discours politique européen pour désigner une humiliation diplomatique ou politique. La référence à cet événement dans le discours du président algérien bouleverse habilement les attentes implicites de la scène diplomatique. Elle opère un double mouvement rhétorique : elle mobilise un patrimoine historique familier à la culture politique française, tout en refusant la position de contrition que cette mémoire symbolise. Par ce geste discursif, l’Algérie transforme une invitation-piège asymétrique en affirmation de souveraineté et de dignité. Cela a eu pour effet que cette référence a été largement saluée dans l’opinion publique algérienne grâce aux journalistes qui en ont explicité le sens, pour sa portée symbolique et son intelligence rhétorique. En revanche, en France, certains y ont vu une mise en échec symbolique du cadrage diplomatique initial.

La force de cette référence tient à son caractère interdiscursif : elle fait circuler une mémoire politique européenne dans une scène postcoloniale maghrébine. Le renversement est d’autant plus efficace qu’il utilise un code symbolique familier à l’adversaire pour refuser la position de demandeur, de fautif ou de sujet sommé de s’expliquer.

La figure de « bouc émissaire » désigne, dans les sciences sociales, un transfert symbolique de responsabilité politique. Dans le contexte des tensions diplomatiques entre l’Algérie et la France, la formule suggère que l’un des partenaires accuse l’autre de porter la responsabilité de difficultés internes, notamment dans les domaines sensibles de l’immigration, des expulsions ou des relations consulaires. Du point de vue algérien, l’expression vise à dénoncer la tendance de la France à présenter l’Algérie comme responsable de problèmes qui relèvent en réalité de la gestion politique intérieure française. Symétriquement, dans le discours français, l’Algérie est accusée de renvoyer la faute à la France, en dénonçant ainsi manipulations ou héritages historiques instrumentalisés. Ainsi, la notion de « bouc émissaire » fonctionne comme une catégorie discursive de délégitimation réciproque, participant de la construction de politiques destinées à leurs opinions publiques respectives.

L’emploi par l’Algérie (officiels et médias) de l’expression « servir de strapontin » revêt une forte portée symbolique. Elle illustre le refus algérien d’être cantonné à une position périphérique, sans véritable pouvoir décisionnel, dans les relations bilatérales. Par cette métaphore, l’Algérie adresse une critique à la relation asymétrique implicite dans le discours français où elle ne participerait que de manière secondaire aux décisions la concernant. Le rejet du « strapontin » constitue alors un acte discursif de souveraineté : place égale et réciprocité dans le dialogue avec la France. C’est dans ce sens que prend toute sa valeur l’expression « passer son chemin », employée par l’Algérie comme acte discursif de désengagement ou de refus de se soumettre à une pression implicite : il n’y a ni intérêt ni obligation à se plier aux attentes françaises.

Ce régime d’images met au premier plan les enjeux de dignité, de statut et de reconnaissance, en présentant certaines options diplomatiques comme moralement inacceptables, parce qu’elles impliqueraient une forte dégradation symbolique. Plus largement, en combinant ces trois régimes (guerre, seuils, purification), s’opère une surdétermination de la relation franco-algérienne comme conflit dur, seuil critique et épreuve de dignité. Ces régimes contribuent davantage à verrouiller l’espace des possibles discursifs en marginalisant les représentations d’une relation négociée ou ajustable.

3.3. Fonction pragmatique : dramatisation et verrouillage interprétatif

Le verrouillage interprétatif ne signifie pas que les lecteurs soient mécaniquement contraints d’adhérer au cadrage proposé. Il signifie plutôt que certains scénarios deviennent immédiatement disponibles et plus coûteux à contester. Une fois la crise nommée « bras de fer », la sortie négociée tend à être relue comme un recul, une faiblesse ou une perte de face ; inversement, la poursuite de l’escalade peut être présentée comme cohérence, fermeté ou dignité.

Cette constellation phraséologique construit une séquence narrative type et organise la lecture des événements. Le scénario global se présente comme suit. Dans la plupart des dossiers, tels que les visas/OQTF, le Sahara occidental, les affaires judiciaires, les valises diplomatiques, la presse décrit d’abord une montée des tensions à travers des termes signifiant le durcissement des mesures, les déclarations de fermeté, « bras de fer qui s’installe et se durcit ». Ensuite, on atteint un paroxysme en observant les métaphores guerrières et les références au « point de non-retour », à la « ligne rouge » ou à une « crise inédite », de sorte qu’il est permis d’évoquer ouvertement la possibilité d’une rupture des relations diplomatiques ou d’une « rupture de confiance difficile à colmater ». À la suite de cela, s’esquisse une menace de rupture par le rappel des ambassadeurs, la suspension de coopérations, la réduction de services consulaires, l’annonce de « riposte graduée ». Cela, malgré la suggestion de mesures de réchauffement ou plutôt de faux réchauffement : les annonces d’échanges téléphoniques dits « constructifs », de visites ministérielles, avec la promesse de « reprise du dialogue », sont contredites par de nouveaux épisodes de crise liés à l’arrestation d’un agent consulaire algérien en France, à la mesure de rétention, aux polémiques publiques.

La fonction pragmatique de ces formules, insérées dans ce schéma narratif récurrent, est double : dramatiser la relation et verrouiller certaines interprétations au détriment d’autres plus ouvertes. D’un côté, la succession de « bras de fer », de « crises sans précédent », de « points de non-retour » et de « séquences à rebondissements » entretient l’image d’un conflit structurel où chaque épisode est potentiellement décisif. En effet, ce réseau métaphorique installe l’idée d’un rapport conflictuel structurant, où chaque épisode diplomatique est présenté comme un moment critique susceptible de faire basculer la relation. Par leur accumulation, ces formules dramatisent la situation et alimentent la représentation d’une relation de crise intense, où la négociation apparaît comme une succession d’épreuves décisives. Ce cadrage discursif transforme des désaccords diplomatiques en séquences (quasi)dramaturgiques marquées par l’incertitude.

D’un autre côté, en imposant un scénario où les acteurs sont pris dans une logique d’escalade, selon une progression dramatique allant de la montée au paroxysme jusqu’à la menace de rupture, ces phraséologismes rendent moins pensable un compromis ordinaire, négocié et discret, car la logique du récit privilégie l’intensité et la confrontation. La désescalade n’apparaît que sous la forme d’une « parenthèse » fragile ou d’un « réchauffement avorté », plutôt que comme un rééquilibrage. Ce traitement discursif donne immédiatement l’occasion d’évoquer un « nouvel épisode du feuilleton conflictuel ». Ainsi utilisés, ces phraséologismes ne se contentent pas de reconstruire le récit de la crise, mais ils contribuent à naturaliser l’idée qu’entre la France et l’Algérie, il ne peut y avoir que « bras de fer », « faux répit », et donc confrontation récurrente. Cette mise en intrigue conflictuelle régulière pèse ainsi sur la capacité des acteurs et par là sur les publics, à envisager d’autres scripts relationnels.

4. Interaction France-Algérie et scénarios inférentiels

Dans la presse française, les phraséologismes liés au conflit sont souvent mobilisés pour servir des enjeux intérieurs, faisant de l’Algérie une source discursive dans les luttes partisanes autour de l’immigration et de la sécurité. D’où le fait que les débats sont initiés et alimentés, le plus souvent, par le ministre de l’Intérieur.

4.1. Appropriations françaises : le conflit comme ressource intérieure

Les titres et citations de responsables français du Rassemblement national (RN) et du parti Les Républicains (LR), ainsi que de certains éditorialistes, mobilisent la formule « bras de fer » avec l’Algérie pour appeler à une ligne plus dure en matière d’obligations de quitter le territoire français (OQTF) et de visas, ou pour dénoncer la supposée faiblesse du gouvernement français. Dans ces séquences médiatico-politiques, des responsables de droite appellent à « assumer le bras de fer » et à « couper les visas » tant que l’Algérie ne reprend pas ses ressortissants sous OQTF, tandis que d’autres accusent l’exécutif ou le gouvernement de « refuser le bras de fer avec Alger » par crainte de tensions internes. Comme on peut le voir, cet emploi particulier du phraséologisme « bras de fer » tient à sa puissance de cadrage et de polarisation du débat public. Il réduit la complexité des négociations administratives et juridiques à une confrontation binaire entre volonté et faiblesse (« tenir » ou « perdre » le bras de fer), entre imposition et soumission, entre fermeté, courage politique et capitulation (qualification et disqualification normatives). Dans ce processus de recontextualisation intérieure du conflit diplomatique, observable notamment dans le Journal du Dimanche (2025) et Vie publique (2025), l’Algérie apparaît comme acteur symbolique à travers lequel se jouent des luttes politiques internes. Intégrée dans une dramaturgie politique nationale (française), l’Algérie, objet d’affrontement extérieur, sert davantage de support à la compétition discursive entre forces politiques françaises.

Parallèlement, plusieurs analystes soulignent que l’Algérie se présente comme une « variable d’ajustement de la diplomatie migratoire française ». À travers ce que l’on peut lire, en particulier dans La Croix, Ouest France, Désinfox-Migrations et ObservAlgérie, la politique des visas est utilisée comme levier de pression, alternant épisodes de « réduction drastique » et « gestes d’apaisement », selon les besoins de démonstration de fermeté vis-à-vis de l’opinion publique et les rivalités entre courants politiques. Dans ce cadre, les phraséologismes de conflit, tels que « bras de fer », « escalade », « bras de fer gagné/perdu », « nouvelle montée de tension », contribuent, encore une fois, à dramatiser des décisions administratives ou techniques, comme la modulation des visas, la suspension d’accords, l’établissement de listes d’expulsés, en les intégrant dans un récit politique de courage ou de capitulation face à Alger. Le différend se trouve ainsi partiellement recodé comme scène politique intérieure, où la droite, l’extrême droite et le gouvernement, en s’appuyant sur l’Algérie comme support externe sur lequel se projettent les clivages et les stratégies de distinction, se positionnent devant leurs publics électoraux respectifs. C’est dans ce sens que l’on peut observer, par exemple dans TSA Algérie, un renversement phraséologique par lequel la presse et les prises de position algériennes contestent ces cadrages discursifs et refusent le rôle de partie fautive assigné à Alger. Cette contre-scénarisation requalifie à son tour la France comme principal moteur de l’escalade diplomatique, ce qui illustre de manière encore plus puissante la stratégie de mise en récit du conflit.

4.2. Réponses algériennes : renversements phraséologiques

Plusieurs formules emblématiques servent à marquer le refus d’une position subalterne dans la relation à la France. Des responsables politiques, des éditorialistes et des intellectuels algériens dénoncent le fait que certains acteurs français considèrent l’Algérie comme devant « servir de strapontin » à des agendas français, plus précisément à des « aventuriers » de la scène politique française. À ce titre, il est fait allusion au « FLN instrumentalisé » pour dénoncer l’usage symbolique du FLN dans les controverses politiques, que ce soit dans les luttes internes en Algérie en référence à des voix dissidentes, ou dans certains discours français où l’histoire et les références liées au FLN peuvent être mobilisées comme ressources argumentatives.

D’autres métaphores prolongent la logique de l’instrumentalisation : « marche-pied » et « variable d’ajustement ». Il est dénoncé ici l’usage de l’Algérie comme moyen d’élévation politique ou comme instrument conjoncturel d’un enjeu diplomatique au service d’intérêts de politique intérieure en France. Ainsi, les éditorialistes algériens, relayant aussi des positions de politiques algériennes, revendiquent le droit de « passer son chemin », en réponse aux initiatives françaises, perçues comme déséquilibrées ou humiliantes.

Dans l’ensemble, ces usages discursifs phraséologiques reconfigurent le lexique de la subalternité, en le retournant contre ceux qui sont accusés d’instrumentaliser la relation bilatérale. Le fait d’expliciter que ces expressions évoquent traditionnellement une position de dominé contribue expressément à dénoncer la tentative d’assignation d’un tel mauvais rôle. On assiste ainsi à l’inversion de la mise en cause : ce n’est plus l’Algérie qui serait placée dans une posture de dépendance, mais la France qui est accusée d’utiliser l’Algérie comme ressource dans les batailles politiques internes.

En allant plus en avant dans l’accusation, d’autres formules fondées sur les lexiques de « barbouzerie », de « pyromanie » et de « bombe à fragmentation multiple » guident les réponses de l’Algérie. Des articles commentant des révélations sur des « barbouzeries » supposées (concernant l’arrestation d’agents consulaires algériens en France), ou des mesures unilatérales sur les visas et les accréditations, accusent Paris de « mettre le feu » à la relation algéro-française, en menant une « politique de chantage » aux visas, voire en déclenchant une « bombe à fragmentation multiple » dont les éclats affectent les ressortissants algériens en France. Cette dernière est qualifiée ainsi de pyromane ou d’acteur « calculant » une montée des tensions, tandis qu’Alger se présente comme réagissant après avoir « épuisé toutes les possibilités de règlement à la satisfaction des deux pays ».

Ces renversements phraséologiques déplacent la figure du fauteur de troubles : la France qui alimente l’escalade par des décisions unilatérales. Elle est loin d’être victime d’un supposé blocage algérien. Les mêmes scripts métaphoriques que ceux mobilisés en France (chantage, bras de fer, surenchère) sont repris pour dénoncer, cette fois, une « décision brutale » française remettant en cause les accords de 2013, ou « une situation créée de manière délibérée et calculée par des autorités françaises » qui lèse les ressortissants algériens. Le conflit est ainsi re-narré depuis Alger pour contester la légitimité des cadrages français et affirmer un refus de la subordination.

Le renversement algérien ne consiste donc pas seulement à contester le contenu des accusations françaises ; il consiste à déplacer le régime d’intelligibilité de la crise. Là où certains discours français installent un scénario d’autorité contrariée, le contre-discours algérien installe un scénario de dignité souveraine, de réciprocité et de refus de l’injonction.

4.3. Scénarios inférentiels et imaginaires de relation

Ces scénarios inférentiels peuvent être ramenés à trois scripts dominants : le script agonistique, qui suppose une confrontation à gagner ; le script sériel, qui transforme chaque épisode en un nouvel épisode d’un feuilleton déjà connu ; et le script mémoriel, qui réactive les asymétries héritées de l’histoire coloniale. Leur combinaison explique que la crise est fréquemment perçue comme répétitive, prévisible et cependant toujours susceptible de basculer.

Les métaphores de « guerre larvée », de « match », de « feuilleton » ou de « tentation » construisent des scénarios inférentiels qui donnent à percevoir la relation franco-algérienne comme une crise structurelle, appelée à durer. Plusieurs registres narratifs s’entrecroisent dans les discours politiques et médiatiques.

Le premier renvoie au fait que des responsables français évoquent une « guerre larvée » entre Paris et Alger », notamment autour des questions migratoires et du Sahara occidental. Ils suggèrent une confrontation permanente, mais rarement assumée comme telle. Cette image installe l’idée d’un conflit profond et ancien, qui affleure par épisodes de crise. Il rend plausible, par défaut, l’hypothèse d’un accrochage à chaque incident diplomatique.

Un second registre infère la relation à l’intérieur des contours d’un match ou d’une série de matches. Chaque épisode, comme le rappel d’un ambassadeur, l’émission de restrictions de visa, le lancement de convocations d’ambassadeurs, est lu comme un « point marqué » par l’un ou l’autre camp. Cela nourrit des scénarios de victoire, de défaite et de revanche. La presse parle ainsi de « bras de fer », de « second round » ou « round supplémentaire », de « match retour », après une décision française sur le Sahara occidental ou une mesure algérienne de rétorsion. Cette scénarisation compétitive incite le public à chercher « qui gagne » à chaque séquence plutôt qu’à envisager des logiques de compromis.

Enfin, un registre au lexique du « feuilleton » ou de l’« imbroglio » qui inscrit la relation dans un récit sans fin, fait de rebondissements et de malentendus. Éditorialistes et hommes politiques décrivent « une crise à enjeux multiples ». Y sont associés la mémoire coloniale, la question du Sahara occidental, celle des migrants, la sécurité, avec des épisodes successifs de montée et de décrue des tensions. Cela, à la manière d’un feuilleton, suivi chapitre après chapitre.

Les termes de « tentation » et de « sirènes » viennent rappeler que tout cela, selon les propos échangés de part et d’autre, participe d’une logique irrationnelle. La tentation de la France de s’aligner sur le Maroc ou aux sirènes d’une surenchère nationaliste de part et d’autre, sont perçues comme ce qui construit des acteurs politiques exposés à des appels irrationnels qui les détournent du « bon sens ».

L’article d’APANews sur une « crise diplomatique durable » insiste sur le caractère symptomatique de ces tensions, qui renvoie à des désaccords de fond et un passé historique encore vif. La répétition de scénarios de guerre larvée ou de feuilleton sans dénouement nourrit l’idée que la relation algéro-française ne peut être qu’erratique, ponctuée de rapprochements fragiles et de rechutes. Les publics en viennent ainsi à anticiper de nouvelles « saisons » du conflit. Cela renforce la plausibilité de diagnostics de « crise durable », voire de la normalisation de la tension comme état ordinaire de la relation franco-algérienne.

Sur le plan inférentiel, le lecteur est ainsi conduit à combler les blancs du récit à partir d’un horizon déjà conflictuel. L’événement nouveau n’est plus reçu comme fait singulier, mais comme confirmation d’une série. La phraséologie agit alors comme un mécanisme d’anticipation interprétative.

Conclusion

Inscrits sous les régimes de la guerre/militarisation, des seuils/irréversibilité et de la purification/humiliation/rejet, et marqués fonctionnellement par la dramatisation et le verrouillage interprétatif, les phraséologismes-métaphores employés dans les échanges diplomatiques entre la France et l’Algérie et dans leur médiatisation définissent la relation comme intrinsèquement conflictuelle, compétitive et interminable, installant ainsi l’idée d’une crise durable et structurante. En France, ces formules servent à dramatiser la fermeté vis-à-vis d’Alger ou à dénoncer les dérapages du gouvernement ; en Algérie, leur retournement, dans des termes forts tels que « barbouzerie », « pyromanie », « bombe à fragmentation multiple » ou « chantage aux visas », requalifie la France comme principal acteur de l’escalade. On obtient ainsi deux scripts concurrents : côté français, une crise construite comme test de crédibilité et de contrôle migratoire ; côté algérien, une crise interprétée comme symptôme d’un rapport de forces postcolonial. L’ensemble alimente la perception commune d’une relation structurellement instable.

Sur le plan heuristique, l’approche par les phraséologismes permet de traiter les crises diplomatiques comme des configurations discursives, et non comme de simples séquences d’événements. À l’image de notre corpus, en suivant les métaphores dominantes — guerre froide, bras de fer, feuilleton, divorce — et leurs renversements, on met au jour des scénarios inférentiels implicites : qui est légitime à punir, qui doit-on sacrifier, quel passé réactiver, quelle issue présupposer. Cette phraséologie pragmatique est transposable à d’autres crises : Russie/UE, Turquie/UE, Maroc/Algérie, Iran/pays du Golfe/États-Unis. En effet, l’étude montre, à l’instar d’autres travaux sur les métaphores politiques, que les images de guerre, de jeu ou de maladie structurent les attentes du public et les marges de manœuvre des gouvernants. Elle offre donc un instrument d’analyse comparative des régimes d’énonciation diplomatique, en articulant le niveau lexical (formules et collocations), le niveau scénarique (scripts et intrigues) et le niveau politique (dispositifs de justification des choix).

Sur le plan sociopolitique, ces formules contribuent à rendre certains compromis discursivement inenvisageables. Dire qu’il s’agit d’un bras de fer suppose inévitablement qu’il y a un vainqueur et un vaincu. Accepter un compromis revient alors à « perdre la face » auprès de son opinion publique. Par un effet pervers, cela renforce les partisans du rapport de force et marginalise les discours de coopération. De même, présenter la relation comme « guerre larvée » ou comme « feuilleton », fait apparaître les gestes d’apaisement comme provisoires, suspects ou imposés. De ce fait, ils sont politiquement coûteux à assumer pour les décideurs. Du côté algérien, la dénonciation de la pyromanie ou du chantage aux visas rend difficile l’acceptation d’un « retour à la normale », sans interpréter ce compromis comme une victoire symbolique de la partie adverse. L’enjeu sociopolitique d’une phraséologie pragmatique est ainsi double : mettre en lumière ces effets de verrouillage symbolique et ouvrir la possibilité de recadrages lexicaux dans le sens de la coopération, l’interdépendance, la responsabilité partagée. Cela aura le mérite de rendre de nouveau pensables des sorties de crise acceptables pour ces deux sociétés ou d’autres.

Une telle perspective ouvre une piste de prolongement : analyser les contre-formules susceptibles de desserrer ce verrouillage — coopération judiciaire, responsabilité partagée, réciprocité apaisée, dialogue de souverainetés — afin de montrer que les crises ne se résolvent pas seulement par des décisions diplomatiques, mais aussi par une transformation des cadres lexicaux qui rendent ces décisions dicibles et acceptables.

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Sfar, I., Soutet, O., & Mejri, S. (dir.). (2018). La phraséologie contrastive. Honoré Champion.

Soutet, O., Mejri, S., & Sfar, I. (dir.). (2018). La phraséologie : théories et applications. Honoré Champion.

Villar, C. (2006). Le discours diplomatique. L’Harmattan.

Annexe méthodologique — Fiche d’encodage des occurrences phraséologiques

Cette annexe est publiable comme dispositif de transparence méthodologique, à condition d’être comprise non comme un substitut au corpus, mais comme la matrice minimale ayant guidé l’encodage des occurrences. Elle précise les variables retenues pour passer d’un relevé lexical à une analyse discursive contrôlée : forme phraséologique, support, datation, lieu textuel, voix énonciative et effet pragmatique. La fiche ci-dessous rend explicites les critères de classement et permet, lors de la mise en publication, de compléter l’archive par les références journalistiques intégrales ou par un lien vers les données lorsque les droits de reproduction le permettent.

Tableau 2. Fiche d’encodage des occurrences phraséologiques

Occurrence

Support

Date

Lieu textuel

Acteur/voix

Effet pragmatique

bras de fer

presse FR / DZ

2024-2026

titre, chapô, éditorial

journaliste, responsable politique

dramatisation, polarisation

ligne rouge / point de non-retour

presse FR / DZ

2024-2026

titre, intertitre

voix médiatique

seuil, irréversibilité

pyromanie / bombe à fragmentation multiple

presse DZ

2024-2026

commentaire, éditorial,

voix algérienne

accusation, délégitimation

feuilleton / imbroglio

presse FR / DZ

2024-2026

analyse, chronique

voix médiatique

sérialisation, incertitude

Sources journalistiques et institutionnelles mobilisées pour la vérification du corpus (sélection)

Élysée. (2024, 29 octobre). Discours du président de la République devant le Parlement du Royaume du Maroc. https://www.elysee.fr

Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères. (2025, 30 juin). Algérie — condamnation de Christophe Gleizes. https://www.diplomatie.gouv.fr

Reuters. (2025, 6 août). France to tighten visa rules for Algerian diplomats as deportation dispute escalates. https://www.reuters.com

Le Monde. (2026, 19 mai). France’s justice minister visits Algeria to help restore relations. https://www.lemonde.fr

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