La catégorisation des révolutions du printemps arabe par la presse française

تصنيف ثورات الربيع العربي من قبل الصحافة الفرنسية

The categorisation of the Arab Spring revolutions by the French press

NEHARI-ROUBAI Nadjia BENRAMDANE Farid

NEHARI-ROUBAI Nadjia BENRAMDANE Farid, « La catégorisation des révolutions du printemps arabe par la presse française », Aleph [], Vol 9 (4) | 2022, 09 October 2022, 26 November 2022. URL : https://aleph-alger2.edinum.org/6870

Dix ans après les Attentats du 11 septembre, l’altérité arabo-musulmane resurgit encore une fois dans les médias occidentaux qui traitent des événements du Printemps Arabe. Nous tentons de savoir quelle construction du discours la presse étrangère donne-t-elle sur ces événements ? Et comment sont réactivées les représentations stéréotypales ? Notre intérêt porte sur le titre journalistique en tant que lieu d’inscription discursif où la désignation et la caractérisation de l’Autre s’effectuent à partir de stéréotypes réactivés par une nouvelle mise en scène discursive.

بعد عشر سنوات من هجمات 11 أيلول (سبتمبر) ، عادت الأخرى العربية الإسلامية إلى الظهور مرة أخرى في وسائل الإعلام الغربية التي تغطي أحداث الربيع العربي. نحن نحاول معرفة ما هو بناء الخطاب الذي تقدمه الصحافة الأجنبية حول هذه الأحداث؟ وكيف يتم إعادة تنشيط التمثيلات النمطية؟ ينصب اهتمامنا على العنوان الصحفي كمكان للنقش الخطابي حيث يتم تحديد وتوصيف الآخر على أساس القوالب النمطية التي أعيد تنشيطها من خلال مرحلة استطرادية جديدة.

Ten years after the September 11 attacks, Arab-Muslim otherness is once again resurfacing in Western media covering the events of the Arab Spring. We are trying to find out what construction of discourse does the foreign press give on these events? And how are stereotypical representations reactivated? Our interest is in the journalistic title as a place of discursive inscription where the designation and characterization of the Other is carried out on the basis of stereotypes reactivated by a new discursive staging.

Introduction

Une des plus grandes préoccupations de l’homme est la connaissance de l’Autre et du monde qui l’entoure. Ce besoin lancinant continue à se manifester à travers les institutions médiatiques dont le rôle principal est d’informer et de faire savoir ce qui se passe chez l’Autre. Dès lors, en plus d’être une source d’information, les médias sont des générateurs de représentations sociales lesquelles constituent une forme socialement partagée de connaissance, d'opinions, de croyances, de valeurs idéologiques et culturelles permettant de comprendre une réalité identitaire commune à un même groupe social (Denise 2003). Or, les représentations tendent souvent vers des formes d’opinions figées, parfois réductrices et deviennent des stéréotypes négatifs. C’est le cas avec les médias où les représentations, à mesure de leur récurrence dans le discours médiatique, tendent à désigner et à caractériser les objets du monde en réduisant les singularités pour finir par se transformer en de véritables stéréotypes.

En effet, en relayant les événements, les médias étrangers donnent souvent accès à des images réductionnistes de l’Autre, à des stéréotypes, à des clichés. Les événements dits du Printemps Arabe (désormais PA) paraissent ne pas avoir été épargnés par cet exercice de la presse étrangère. S’étant principalement déroulés dans certains pays du Moyen Orient et du Maghreb, la médiatisation de ces événements par la presse française semble renouer avec cet imaginaire occidental longtemps cultivé vis-à-vis de l’Orient. Ainsi, dix ans après les Attentats du 11 septembre, l’altérité arabo-musulmane resurgirait encore une fois dans les médias occidentaux à travers des représentations stéréotypales engendrant polémiques et débats tumultueux entre les deux sphères.

Nous tenterons de savoir alors, comment à travers ces événements du PA, les médias réactivent-ils cet imaginaire occidental pour relayer l’information ? Il sera alors question de voir si la presse occidentale s’est affranchie de ces représentations ou au contraire si elle continue à les fomenter et à les entretenir enlisant ainsi l’Autre arabe dans ses représentations irréversiblement figées. Nous pensons que la nomination de l’événement du PA et sa désignation par la presse française témoigneraient d’une construction occidentale, d’une perception négative de l’Orient inscrite dans les mémoires et que le discours médiatique en serait le principal réactivateur. La presse offrirait ainsi un miroir et un repère pour le « Soi occidental » afin de se positionner par rapport à ces événements, ou tout simplement de s’en distinguer.

Afin de repérer les représentations discursives dans la presse écrite française, nous ferons appel à la nomination de l’événement dans la presse française, dans l’optique de l’analyse du discours médiatique. Il sera alors question de montrer les enjeux sociaux et politiques que l’activité discursive de la nomination pourrait impliquer. Et c’est à travers le titre que nous comptons appréhender la nomination et la caractérisation de l’événement du PA. Titre que nous envisageons comme un lieu d’observation de l’émergence et de la circulation des discours sur l’événement et sa dénomination puisque ce sont eux qui l’amènent « sur le devant de la scène » (Charaudeau 2006) et c’est par eux que « l’événement existe pour la première fois » (Calabrese 2010 :128).

1. Démarche et corpus

Notre intérêt porte sur la désignation des évènements dans le titre en tant que lieu d’inscription discursif de jugements et de points de vue que la presse occidentale (ici française) porte sur les événements dits du PA. moment, Libération. Pour tenter de voir comment ces événements du PA sont-ils désignés et caractérisés par la presse française, nous n’avons pas privilégié un type d’article à un autre, nous avons plutôt opté pour le repérage de ces formes dans les titres d’articles de diverses rubriques allant de la UNE du journal à la rubrique sport. le Pour comprendre le choix de ces désignants et les représentations qu’ils véhiculent, c’est à travers la notion de « moment discursif »(Moirand 2007) que nous comptons appréhender les différentes désignations catégorisant les événements dits du PA. Ce moment se situe entre la période où éclatent les premières manifestations en Tunisie suite à l’immolation de Mohamed Bouazizi le 17 décembre 2010 et qui auront pour première conséquence le départ de Ben Ali et la période dite de contagion avec la vague de manifestations qui touchera successivement l’Égypte, le Yémen, la Libye, Bahreïn et s’étendra jusqu’en Syrie, soit de janvier 2011 à mars 2011, comme cela est indiqué dans la frise qui suit :

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Figure . Chronologie des différents événements du PA

Comme l’indique la frise, nous avons jugé important d’inclure une période ultérieure, une sorte de période genèse qui s’étale du 11 septembre 2001 au 16 décembre 2010 et qui correspond à ce que l’on pourrait appeler « l’avant Printemps Arabe »1. Cette étape charnière dans l’Histoire du Moyen-Orient nous semble apodictique ou du moins dénotative pour saisir « la réactivation de l’imaginaire occidental » puisque durant cette période l’expression « Printemps Arabe » apparaîtra dans les discours du président Bush pour référer à la floraison de courte durée des mouvements démocratiques au Moyen-Orient avec notamment pour la première fois des élections afghanes, palestiniennes et irakiennes.

2. Des représentations à l'oeuvre

2.1. Les représentations imaginaires de l’altérité arabo-musulmane

Les représentations de l’Autre sont censées être des moyens pour connaître l’Autre et le comprendre et effacer ainsi les distances dues aux particularités culturelles, religieuses, ethniques, etc. Il n’en est rien. Tout groupe social tente de construire et de préserver son identité en se distinguant de l’autre groupe et de facto, en cultivant les différences sous forme de représentations figées souvent négatives qui se transforment en stéréotypes généralisés et partagés, parfois même péjoratifs. C’est le cas de la construction de l’altérité arabe qui s’est vue construite à travers des perceptions occidentales. En effet, au fil du temps, à travers les littératures et les médias, l’Orient, particulièrement le Monde Arabe, a toujours été décrit et représenté d’une façon négative par l’Occident créant une rupture civilisationnelle conflictuelle entre les deux mondes. Ce sentiment antithétique envers l’Autre arabe se manifestera à chaque friction, chaque fait venu affecté une civilisation ou une autre, et ce à travers un discours orientaliste2 et une certaine façon de penser cet Autre arabe véhiculant un imaginaire collectif assez distinctif.

Dans une de ses contributions à la revue Mots les langages du politique Fréderic Ramel (2004) retrace le rôle des médias français dans la crise internationale ouverte par les attentats suicides du 11 septembre 2001 et la réactivation de cet « imaginaire occidental ». Ramel rappelle alors que la dichotomie Orient/Occident est fondée initialement sur trois grands mythes correspondant à trois grandes aires de l’histoire de l’humanité : la Grèce antique depuis les guerres qui opposèrent les Grecs aux Perses, l’apparition de l’islam au VIIe siècle constituant un des points nodaux de l’opposition orient/occident, et les croisades prêchées alors par le pape pour délivrer la terre sainte suite à l'invasion de l'Empire chrétien d'Orient par les musulmans. Ramel explique par ailleurs que cet imaginaire occidental s’est affirmé plus tard à partir de la renaissance où l’Europe intellectuelle a décidé de rompre définitivement avec le monde philosophique et culturel musulman en dépit de tout l’héritage intellectuel andalou dont elle s’est longuement inspirée. S’installera dès lors une conception négative de l’altérité arabo-musulmane à travers un orientalisme qui se renforcera avec les conquêtes turques et la terreur qu’inspirait alors l’Empire ottoman et continuera à s’imposer longtemps après l’ère coloniale ainsi que la période de l’après-guerre froide et notamment lors de la guerre du Golfe. Cette dichotomie ou ce que Ramel appelle ‘la réactivation de l’imaginaire occidentale’ sera au rendez-vous à travers les médias quelques années plus tard sous des formes spécifiques suite aux Attentats du 11 septembre. Depuis et bien après le 11 septembre, cet imaginaire est, semble-t-il, toujours actif, avec notamment les attentats terroristes perpétrés un peu partout dans le monde et particulièrement en Europe3 et en conséquence les nombreux programmes de luttes antiterroristes menées par différentes institutions internationales. Il sera alors question d’éclosion et de réapparition de mots et expressions tels que : terrorisme islamiste, islam intégriste, hijab, niqab, violence, djihad, choc des civilisations, des expressions dont l’usage ravivera les représentations stigmatisantes de l’arabo-musulman.

2.2. Représentations et stéréotypes sur "l’Autre arabe"

Dans son livre intitulé « L’Orientalisme - L’orient créé par l’Occident », SAÏD (2005) tente de démontrer que la représentation de l’Oriental, comme mouvement de pensée, est une construction artificielle mise en avant par l’Occident vers la fin du 18e siècle. Et c’est en se basant sur des écrits, des documents scientifiques, administratifs, militaires, politiques et littéraires datant des périodes coloniales et postcoloniales où les deux principaux empires (la Grande-Bretagne et la France) régnaient sur bon nombre de pays arabes, que l’auteur récolte une production cyclopéenne de représentations des populations colonisées. Ces représentations s’appuyant sur la domination coloniale légitime cette dernière, en « renforçant l’occidental dans son sentiment de supériorité sur les groupes colonisés » (Ait Ahmed 2015). Comment est représenté alors « l’Autre arabe » par Saïd.

« D'un côté, il y a les Occidentaux, de l'autre les Arabes-Orientaux ; les premiers sont (nous citons sans ordre) raisonnables, pacifiques, libéraux, logiques, capables de s'en tenir aux vraies valeurs, ils ne sont pas soupçonneux par nature ; les seconds n'ont aucun de ces caractères. » (SAÏD 2005 : 65)

En somme, les Arabes-orientaux sont à l’opposé des Occidentaux. Il continuera plus loin :

« Le cinéma et la télévision associent l’Arabe soit à la débauche, soit à une malhonnêteté sanguinaire. (…) On imagine les Arabes, par exemple, comme montés sur des chameaux, terroristes, comme des débauchés au nez crochu et vénaux dont la richesse imméritée est un affront pour la vraie civilisation. » (Op.cit. SAÏD : 129)

Ces caractéristiques ne sont autres que des indicateurs ethniques qui, lorsqu’ils désignent les Arabes, sont particulièrement péjoratifs, alors qu’ils semblent plus lissés, plus épurés quand ils renvoient aux Occidentaux. La malhonnêteté, l'exotisme, l’irrationalité, l'imperfection, le désordre, voire le primitivisme, ou encore l’image d’une femme voilée, d’un homme barbu constituent désormais l’information sur un peuple, son origine, sa culture, sa religion, le rendant ainsi facilement identifiable aux yeux de l’Occident, d’une part ; mais d’autre part, ces représentations opposant le monde oriental au monde occidental offrent à ce dernier une identité cohérente qui correspond à tout ce que le monde arabo musulman n'est pas.

Ces imaginaires sont réactivés et largement exploités dans les médias occidentaux à chaque événement nouveau impliquant le Monde Arabe, tel est le cas avec la série de révoltes que connaitra une partie du Monde Arabe entre 2011 et 2013, connue sous l’appellation « Printemps arabe ».

3. Désignations du PA dans la presse française : une représentation orientaliste ?

3.1. Un lexique symptomatique

Pour désigner les faits qui sont à l’origine des différentes révolutions que vivront certains pays arabes de janvier 2011 à mars 2011, nous avons relevé différents paradigmes de désignations que l’on pourrait classer en deux catégories correspondant à deux moments clés dans l’évolution des événements dans cette partie du monde. Soit la première période marquée par le départ de Ben Ali et le début de la contestation en Égypte et la deuxième période dite de « contagion » qui affectera d’autres pays de la région.

En effet, les deux périodes connaitront un traitement médiatique différent dont dépendra largement l’évolution du vocabulaire et particulièrement les désignations renvoyant à ces événements et aux acteurs qui y participent. L’analyse lexicométrique à laquelle nous avons soumis notre corpus, nous a permis de constater que pour référer aux faits et aux événements tels qui se sont manifestés durant la première période (voir frise), la presse française utilise les formes manifestations (273 occurrences), émeutes (15 occurrences), soulèvement (52 occurrences). Si nous nous référons aux définitions dictionnairiques, elles soulignent nettement le caractère violent des trois termes. Ainsi, dans l’esprit du lecteur ces faits sont synonymes de violence, d’agitation et de désordre public. De leur côté les manifestants et les acteurs politiques sont désignés par manifestants, émeutiers, foule, pour les uns et par gouvernement, président et force de l’ordre pour les autres (le régime et ses dirigeants)

« Dépassé par les émeutes meurtrières qui secouent son pays, le président Tunisien a qualifié les manifestations d’actes terroristes » (LIB.30 jan 2011)
« Yemen : nouvelle répression meurtrière à Sanaa » (FIG 15 oct. 2011)
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UNE de Libération du 30 jan 2011

Notons que la dimension axiologique que véhiculent ces désignations laisse entrevoir le point de vue des médias français qui dès les premières manifestations en Tunisie ont montré leur soutien au régime de Ben Ali, qualifiant alors les émeutes de Sidi Bouzid d’« impardonnables actes terroristes perpétrés par des voyous cagoulés ».

Très vite et vu l’ampleur et la constance de la contestation tunisienne, la presse optera pour les termes Révolte et Révolution. Mais, même si les deux termes signifient en langue arabe « thawra » c’est-à-dire « révolution », en langue française les deux termes ne sont pas analogues. Dans les dictionnaires, le mot révolte réfère à un « soulèvement, mouvement collectif de rébellion contre une autorité établie (gouvernement, ordre social, institutions) »4 dans le corpus de notre étude, il apparait 119 fois pour désigner les événements qui ont lieu dans cette partie du monde arabe pendant cette première période. La désignation Révolte sera d’ailleurs largement privilégiée notamment par le journal Figaro (avec 67 occurrences) qui semble voir en ces mouvements qui ont surgi non de véritables révolutions mais bien de simples « révoltes » suggérant des images de violence, de désordre et d’anarchie et.

« L’Occident pris de court par les révoltes arabes » (LM 27 jan 2011)
« Révolte en Tunisie : un bilan de 338 morts » (FIG le 4 mai 2012)
« 1848,2011 : les révoltes de la faim » (LM14 fév. 2011)
« La répression des révoltes qui secouent le monde arabe a fait plusieurs dizaines de morts » (LIB 19 fév. 2011)

Un déni qui s’éclipsera très vite au fil des événements, notamment après le départ du président Ben Ali en Tunisie et celui de Moubarak en Égypte. En effet, Le cadrage médiatique changera dès lors pour parler dorénavant de Révolution. Ce revirement pourrait s’expliquer par le fait que les médias français ont finalement réalisé que ces événements ne sont pas de simples contestations mais au contraire de véritables tentatives de révolutions. Nous voyons alors que le terme Révolution viendra supplanter Révolte et se généralisera d’une façon unanime dans toute la presse française et étrangère pour désigner les événements qui ont lieu dans cette partie du monde. En effet, le terme parait plus pertinent vu que la révolution a permis au moins en Tunisie de transformer le régime dictatorial en un régime parlementaire5. Mais l’avis des médias français est encore une fois empreint de représentations et de stigmatisation. On parlera alors de Révolution du jasmin, de Révolution de lotus, de Révolution du Nil, de Révoltes arabes et de Printemps arabe tout en faisant l’allégorie et le rapprochement historique avec la Révolution Française et le Printemps des peuples (Europe 1848) :

« Révolution à la française au cœur du Maghreb » (LM, 16-17 jan 2011)
« La révolution en Tunisie est-elle le signe annonciateur d'un printemps démocratique arabe ? » (LM jan 2011)
« 1848, 1989, 2011 il était une fois la révolution » (LM jan 2011)

Cette assimilation renforcée par l’expression PA vue comme un héritage colonial ne valorise pas ces révolutions. Comme nous l’avons souligné ailleurs (Nehari-Roubai 2018) l’expression PA fonctionnant telle une formule en discours sera jugée inappropriée et stéréotypée par beaucoup d’historiens et de journalistes. Il en sera de même pour l’expression très contestée par les Tunisiens pour désigner leur révolution, celle de Révolution du jasmin. L’expression fait référence encore une fois à une révolution européenne celle de « la révolution des œillets » ou la révolution portugaise de 1974. A priori, il est difficile pour l’Occident de nommer une révolution dans ces pays sans faire le lien ou l’analogie avec les révolutions des pays occidentaux comme le dit FABRY (2015) : « Beaucoup de nos contemporains ont des difficultés à percevoir l’évolution du monde au-delà de leur propre existence ». Ces désignations sont en fait révélatrices encore une fois « de rapports de dominations dans des contextes postcoloniaux »6, de représentation négative et réductrice du Monde Arabe vu par l’Occident.

Ce nouveau tournant dans le cadrage médiatique se fera ressentir aussi à travers la variation du vocabulaire des acteurs politiques que sont les régimes et leurs dirigeants désignés dès la seconde période par les termes dictature, état policier, régime autoritaire, armée, dictateurs et tyrans.

« Le dictateur Kadhafi reprend la main sur son pays et écrase les efforts du peuple Libyen » (LM 18 Mar 2011)
« Moubarak, le crépuscule d’un dictateur » (LIB 05 fév2011)
« le régime de Kadhafi finira bien par s'écrouler. À Tripoli, le tyran se terre » (FIG 28 mai 2011)
« À Bab al-Azizia, dans le bunker de Kadhafi les rebelles étaient nombreux à visiter et vandaliser le palais de béton, hier. Le tyran, lui, restait introuvable. » (LIB 25 Aout 2011)

Ces présidents longtemps soutenus particulièrement par la France qui rappelons-le est allée autrefois jusqu’à décorer, entre autres Ben Ali et Moubarak de prix honorifiques attestant de l’excellence de leurs performances dans le domaine de la démocratie et des droits de l’homme (Burgat 2012), se voient à présent lâchés et moqués par leurs amis :

« Ce printemps sera complet le jour où le monde arabe sera débarrassé de ces momies aux cheveux gominés qui sèment la détresse et le malheur parmi leur peuple » (LM 22 jan 2011)

Les références au lieu de l’événement réactivent aussi les stéréotypes sur lesquels se fondent les représentations. En effet pour désigner cette partie du monde où ont lieu ces révolutions, la presse française a recours aux expressions Moyen-Orient, Maghreb, Proche Orient, pays arabes, Monde arabe et monde musulman.

« Benghazi est devenue la ville symbole où se joue l'avenir du monde arabe » (FIG 18 mars 2011)
« L’onde de choc fait trembler les pays arabes » (Lib 31 jan 2011)
Proche-Orient la vague de contestation qui déferle sur le monde arabe ne cesse d'inquiéter les dirigeants israéliens. (FIG 19 avr 2011)
Moyen-Orient pris de court par le « printemps arabe » les gardiens de la révolution Iranienne mettent, depuis, les bouchées doubles (FIG 23 avr 2011)

Autant de syntagmes qui ne référent pas uniquement à des positionnements géographiques, même si aucune de ces notions ne pourrait délimiter où circonscrire les pays dits du PA. La question topographique des limites demeure à ce jour sans réponse claire et précise tant ces limites sont « nécessairement floues et mouvantes » (Capdepuy 2008). En réalité, ce ne sont pas de simples dénominations géographiques mais aussi des notions chargées de connotations et enjeux politiques. C’est le cas pour les expressions Proche-Orient et Moyen-Orient souvent confondues et dont les usages varient en réalité selon les stratégies politico-historiques de la France pour l’une et des pays anglo-saxons et des USA pour l’autre7. Quant aux autres reformulants, les représentations stéréotypées sont marquées par l’adjonction des adjectifs arabe et musulman qui réduisent alors ces pays et ses peuples à des essences culturelles ravivant l’orientalisme et marquant ainsi la mise en distance entre le « nous occidental » et le « eux oriental ».

Cette mise à distance se manifeste aussi dans les titres à travers un emploi rhétorique où les villes et les places, lieux symboliques de ces révolutions, sont souvent désignées par l’expression « la rue arabe », une formule journalistique dont l’usage « est révélateur des représentations médiatiques qui sont faites des sociétés arabes » (Guaaybess 2017)

« Le « printemps arabe » a montré qu'on pouvait descendre dans la rue pour rendre son pays meilleur. » (LM 6 août 2011)
« La répression s’abat sur la rue arabe après une semaine de protestations à Bahreïn, au Yemen et en Libye, les régimes n’ont pas hésité à ouvrir le feu, « vendredi, pour mettre un terme aux élans démocratiques. » (LIB 19 fév. 2011)

Même si, le mot rue (en arabe الشارع /aːʃariʔˤ/) est d’abord employé par la presse arabophone pour renvoyer soit à l’espace réel qu’il représente, celui d’espace urbain, soit au lieu symbolique où une « population des villes (est) capable de s'insurger ». En fait, l’expression est polysémique et renvoie aussi à cette perception orientaliste de « l’opinion publique arabe » qui a fait florès dans la presse occidentale lors la guerre du Golfe (1990) et après les Attentats de septembre 2001. Mais, c’est la réactivation de l’expression des années plus tard, qui lui confère un caractère « stéréotypée, inexacte et péjorative » comme le soulignent Regier et Khalidi, (2009) dans leur article intitulé « The Arab Street : Tracking a Political Metaphor »

“Yet current usage in the US media invites readers to do just that by regularly referring to Arab public opinion metaphorically as the Arab street. We will argue that this metaphor constructs Arab public opinion in a stereotypical, inaccurate, and pejorative fashion. Thus, the widespread use of this metaphor has the potential to obscure the actual nature of public opinion in the Arab world,1 and to impede engagement with it”8 (Regier et Khalidi 2009 : 11)

En effet, comme en témoignent les titres suivants, par le biais de la figure rhétorique de la personnification, la « rue » est actualisée à travers les titres de la presse française relatifs aux révolutions de 2011, renvoyant ainsi aux manifestants, laissant transparaître une image de violence, d’anarchie de rébellion :

« Tunisie, la rue ne cède pas » (LIB 13 jan 2011)
la colère de la « rue arabe » » (FIG 10 sept 2011)
« Un an après, place Tahrir, « la rue a encore son mot à dire » (FIG 03 jan 2012)
« La rue et le roi se font face à amman » (LIB 05 oct. 2012)
« Turquie : la rue veut la tête d’Erdogan » (LIB 4 juin 2013)

Ce caractère réducteur et péjoratif relevé à travers les différents paradigmes désignationnels renvoyant aux événements du PA et à ses acteurs se manifeste aussi et de façon tangible à travers l’usage de l’adjectif « Arabe ».

3.2. De l’adjectif caractérisant Arabe

En étudiant les fréquences de ces désignations à l’intérieur des contextes dans lesquels elles se manifestent, nous retiendrons que selon que l’on désigne l’événement en tant que tel, les acteurs de l’événement ou les lieux de l’événement, c’est l’adjectif « arabe » qui revient souvent, formant des syntagmes tels que « révolution arabe », « printemps arabe », « pays arabes », « rue arabe », « le peuple arabe ».

« Un nouveau vendredi de la contestation arabe » (FIG 01 avr. 2011)
« Comme chaque vendredi, jour de la grande prière musulmane, des opposants aux régimes en place ont manifesté dans plusieurs pays arabes ». (FIG 15 avr. 2011)

Comme nous l’avons démontré ailleurs (Nehari 2018) l’adjonction de l’adjectif « arabe » instaure dès lors une distance entre l’énonciateur et son interlocuteur réduisant le monde arabe à des essences culturelles et religieuses lesquelles ne sont pourtant pas partagées par tous ces pays du PA car généraliser en parlant du « monde arabe » ou « Monde musulman » ou « pays arabo-musulman » c’est ignorer par là même la diversité des conditions objectives qui caractérisent chacun des pays de ce monde (Amin 2011). C’est aussi faire fi des caractéristiques politiques, ethniques, linguistiques et religieuses qui singularisent chaque pays, chaque région de ce monde. À l’exemple de la langue arabe qui dans la perception occidentale demeure le trait distinctif de l’identité arabe. Or, tous les arabophones ne sont pas de facto des Arabes. De plus, considérer la langue arabe comme critère de l’arabité suppose le déni de toute cette pluralité des langues qui coexistent dans ces pays. Et c’est cette fausse connaissance de l’Autre fondée sur « une essence collective totalisante et antagoniste » (Saïd 1980) qui ancrée dans les mémoires instaure des clivages entre l’Orient et l’Occident. En désignant cette partie du monde principalement par son arabité, le discours de la presse française est un discours orientaliste rappelant sans cesse cette fracture géographique entre Occident et Monde arabe comme le montrent les titres de la presse associant les lexèmes « arabe » et « démocratie » pour montrer ces peuples qui tentent de s’ouvrir à la démocratie occidentale. Ce qui n’est autre qu’un stéréotype parmi d’autres sur lesquels les Occidentaux fondent leurs représentations de l’Orient

« Hollande parie sur ‘l'exemplarité’ de la Tunisie le président veut « refonder » la relation avec le pays pionnier du printemps arabe ». (FIG 06 juil. 2013)
« Une première poussée démocratique dans le monde arabe postcolonial » (LM 15 Jan 2011)
« L’Égypte, le monde arabe et la démocratie » (LM 03 Feb 2011)
« Les révolutions arabes : une leçon de démocratie » (LM 22 mars 2011)

4. Effet des représentations

En suivant l’évolution des révoltes depuis leur apparition en Tunisie et leur propagation dans les autres pays dits « arabes », le regard occidental et particulièrement français sur cette partie du monde a évolué à travers le discours de la presse française dans sa façon de restituer les événements. En effet, au début des contestations, notamment en Tunisie, c’est d’abord avec prudence que les événements sont rapportés eu égard aux relations diplomatiques qu’entretiennent les deux pays depuis l’indépendance de la Tunisie9 en 1956. Très vite, l’effet de surprise gagnera la presse et l’opinion occidentale suite au départ de Ben Ali et celui de Moubarek et c’est alors que les révolutions et les changements dans cette partie du monde seront très vite applaudis pour une tentative de récupération10 d’où cette ambition d’assimiler ces révolutions à celles vécues dans les pays européens et en France. Une vision réductrice, méprisante et emprunte de déconsidération à l’égard de ces pays se manifestant dans le discours de la presse comme nous l’avons vu de façon euphémisée.

Mais l’arrivée des islamistes en Tunisie11 et en Égypte va donner une nouvelle actualité aux représentations imaginaires de l’altérité arabo-musulmane. Désormais, le discours des médias se focalise sur d’autres sujets tels que l’islam, l’islamisme, le terrorisme et l’immigration. Des sujets qui renvoient au sentiment de menace que représentent ces pays pour la France en particulier et l’Europe en général. Ce regard suspicieux et craintif porté sur l’Orient n’est pas nouveau. C’est là aussi un imaginaire qui est réactivé suite à l’évolution des événements et des rapports qu’entretiennent l’Orient et l’Occident comme le souligne le sociologue Raphaël Liogier :

On peut résumer, de façon caricaturale mais signifiante, en quatre grandes étapes la mutation du regard européen sur l’islam : le regard fasciné, surtout caractéristique du XIXᵉ siècle, le regard méprisant, caractéristique du XXᵉ siècle, puis le regard effrayé à partir des années 1980 et enfin, aujourd’hui, le regard paranoïaque (Liogier, 2012 : 33)

Ce regard paranoïaque dont parle le sociologue se dévoile dans le discours de la presse écrite à travers certaines formes langagières faisant référence à l’Islam

« Printemps arabe : les islamistes ne sont plus bannis. À Tunis ou au Caire, les ambassadeurs français rencontrent ouvertement les chefs intégristes (FIG 12 oct 2011)
« L’Égypte et la tentation islamiste- Après le printemps arabe, le triomphe islamiste aux élections égyptiennes montre combien la nouvelle ère qui s'ouvre au Moyen-Orient va être compliquée » (FIG 08 dec 2011)
« Du Maroc à la Syrie, où ils sont minoritaires, les chrétiens d'Orient ne sont pas rassurés par la tournure islamique du printemps arabe ». (FIG 23 déc 2011)
« Montée en puissance des islamistes à la faveur du printemps arabe. » (FIG 25 juin 2012)

Suite à la nouvelle tournure que prennent les événements après le départ des présidents dictateurs en Tunisie et en Égypte et le retour des Islamistes Ghannouchi12 (Tunisie) et Morsi13 ( Égypte) sur la scène politique, Le Figaro, journal de Droite connu pour son conservatisme, ne cache pas son appréhension vis-à-vis des islamistes qui « devraient rester bannis » comme au temps des dictateurs laissant entendre avec inquiétude que leur « Triomphe » et leur « montée en puissance » ne présagent rien de bon. Une peur qui s’accentuera notamment suite aux réactions des peuples arabes et musulmans lors de la publication de nouvelles caricatures du prophète par l'hebdomadaire satirique Charlie Hebdo le 19 septembre 2012 où l’image de l’islam est de nouveau associée au fanatisme et opposée à la démocratie même pratiquée dans des pays européens ou occidentaux comme en témoigne un article de Libération qui revient sur un sondage effectué auprès des Français lors des événements du PA. Un article qui attise les craintes à l’encontre des musulmans non seulement vivant dans les autres pays, mais aussi et surtout ceux qui sont sur le sol français et européen :

« L'islam de plus en plus rejeté par les Français
Dans une enquête Ipsos pour « le Monde », les personnes interrogées expriment leur méfiance envers la religion musulmane, qu'ils jugent incompatible avec les valeurs républicaines. » (LIB 25 Jan 2013)

Cette incompatibilité avec la religion marque un choc des civilisations que les médias n’hésitent pas à exalter justifiant par-delà même une nouvelle montée de l’Islamophobie chez les Français en particulier, et les Européens en général ; ce qui engendrera une autre crainte, celle d’une nouvelle immigration massive, subite et incontrôlée :

« loin de ne susciter que de l'espoir, le « printemps arabe » éveille en Europe les craintes d'une immigration massive et révèle le malaise profond né de la crise. » (Monde 07 avr 2011)
« Les mouvements d'extrême droite européenne se retrouvent sur un point : la dénonciation de l'immigration musulmane, alliée au spectre du terrorisme » (LM 27 mai 2012)
« Sarkozy, garde-frontière : face aux soulèvements arabes, le président déploie une stratégie sécuritaire anti immigration » (LIB 6 mars 2011)

Une méfiance et une peur qui s’estomperont, lorsque les Égyptiens sortiront une nouvelle fois en juillet 2013 pour rejeter le gouvernement de Morsi élu un an avant, le journal Le Figaro ne manque pas de montrer son soulagement en titrant :

« Guerre sainte en terre d'islam » (FIG 1 sept 2012)
« le printemps arabe n'est pas promis à l'hiver islamiste (FIG 2 Jui 2013)

Mais cette peur de l’islamisme est en réalité chez l’Autre une peur ancestrale de l’Islam et de tous les aspects du monde musulman qui se manifeste dans la presse française par des paradigmes désignationnels opposant :

  • L’islam vs la démocratie :

« la Tunisie, « l'espoir du monde arabe » selon hollande- À l'occasion de l'adoption de la nouvelle constitution, M. Hollande a salué un texte « majeur » qui prouve que l'islam est compatible avec la démocratie » (LM 07 fév 2014)
« L’Égypte, le monde arabe et la démocratie (LM 03 fév 2011)
« Les révolutions arabes : une leçon de démocratie. Ce nouveau printemps des peuples démontrerait que, enfin, le monde arabe - perçu il y a peu à travers un prisme exclusivement religieux ou géopolitique - s'ouvrirait aux idées et aux pratiques qui ont fait la force de la démocratie occidentale. » (LM 22 mars 2011)

  • La femme arabe et musulmane soumise vs la femme occidentale émancipée :

« Printemps arabe : où sont passées les femmes ?- de Tunis au Caire, de Tripoli à Sanaa, les femmes sont sorties dans la rue pour dénoncer l'autoritarisme et le manque de liberté. » (FIG 06 Feb 2012)
« Les révoltes arabes font-elles progresser la cause des femmes ?- Certaines sont devenues des égéries, à l'image de Salwa Bugaighis, 44 ans, avocate et militante des droits de l'homme » (LM 28 avr 2011)
« La montée des islamistes au Proche-Orient et dans les pays du Maghreb menace-t-elle les femmes d'un automne arabe ? en Tunisie, en Égypte, en Syrie, au Yémen, en Libye, à Bahreïn, les femmes du « printemps arabe » ont donné leur sang. » (LM 04 nov 2011)

Le discours de la presse française fait circuler une stigmatisation de la religion à travers l’image de la femme associée à la soumission, à l’inégalité en droits avec l’homme mais aussi et au foulard ou hijab symbole de son enfermement assujettissement comme le propose Le Figaro en relayant un article du New York Times le 6 juillet 2012 :

« L’Égypte découvre sa nouvelle première dame
Après Jihane el-Sadate et Suzanne Moubarak, qui semblaient sortir d'un magazine de mode, Naglaa Ali Mahmoud, l'actuelle première dame égyptienne, l'épouse du nouveau président islamiste Mohammed Morsi, casse l'image glacée du rôle » (FIG 06 juil 2012)

Dans l’article, les journalistes décrivent la nouvelle première dame épouse du président islamiste Morsi ainsi « Naglaa Ali Mahmoud porte un foulard islamique, n'a pas fréquenté l'université » par opposition aux « deux précédentes premières dames, Suzanne Moubarak et Jihane el-Sadate : distantes, avec du sang britannique dans les veines et semblant sortir tout droit d'un magazine de mode, elles avaient de belles coiffures et étaient bardées de diplômes universitaires ».

  • L’homme musulman barbu, terroriste

« L’Égypte troublée par l’offensive barbue »
A quelques mois des législatives, la démonstration de force islamiste, vendredi, inquiète le pays. » (LIB 03 août 2011)

Dans l’hyperbole « offensive barbue » on note encore une fois cette stigmatisation des sociétés arabes et du monde musulman où l’image et l’apparence de l’homme musulman sont associées à la violence et au terrorisme.

Ainsi, la caractérisation des essences culturelles, sociales et religieuses à travers les effets de style et le choix des mots visant à dramatiser les faits et à forcer les traits jusqu’à les caricaturer ne laissant paraître que la violence, le fanatisme et le désordre vus comme des menaces, témoignent encore une fois de l’inimitié, de la méfiance et de l’hostilité à l’égard de l’arabité et de l’islamité faisant circuler un discours orientaliste de la presse française.

Conclusion

Loin d’être uniquement un vecteur de l’information, le discours des médias agit comme un régénérateur des représentations. Il est le reflet des événements et de leur perception. À travers la désignation des faits, de leurs acteurs et des lieux de leur déroulement, les titres de la presse française traitant du Printemps Arabe regorgent de procédés rhétoriques qui témoignent d’un discours de l’altérité centrée sur des visions européennes et occidentales où à l’ère des révolutions tant attendues, l’Autre arabe et musulman est d’une part, applaudi et félicité si sa révolution est réussie car inspirée et encouragée par l’Occidental ; et d’autre part, il est conspué et effrayant, si la révolution est avortée ou déviée car son image est très vite associée à la violence et la barbarie portée par sa religion et sa culture, le faisant paraître comme dangereux et menaçant pour les valeurs occidentales. Comme le souligne Hentsh :

« Pour un instant 1'Orient est lumière, âme universelle, aimant magique de notre espace intérieur, distance prise envers notre gauche modernité. Mais, au moindre incident, à la première éclaboussure de sang, la lumière vacille, s'éteint : 1'Orient sombre dans la boue de notre peur ; recule dans 1'oubli avant de redevenir songe. » (Hentsh 1988 :7)

En somme, l’actualisation des représentations orientalistes dans le discours de la presse française et chez son lectorat témoigne d’enjeux politiques et d’intérêts individuels qui renforcent une image stéréotypée de l’Autre. Mais, à travers ces discours négatifs et stigmatisants, c’est tout un imaginaire enfoui dans la mémoire collective qui est réactivé imposant la construction et l’affirmation de l’identité occidentale à travers cette dichotomie perpétuelle du « nous » (les Occidentaux) et « eux » (les Orientaux). Ainsi, les médias constituent un véritable stock de schémas figés représentant souvent l’Autre d’une façon négative faisant surgir des stéréotypes généralisés et partagés assurant ainsi la préservation de l’identité du Nous.

1 Il s’agit d’une période de dix années témoignant des différentes tentatives de « promotion de la démocratie au Moyen-Orient » (FELIU 2003) par l’

2 A ce sujet nous retenons les travaux de Thierry Hentsch et de Edward Saïd sur le discours orientaliste. Les deux auteurs attestent de l’existence d’

3 Attentats de Madrid (11 mars 2004), Attentats dans le métro de Londres (7 juillet 2005), Attentats de Stockholm (11 décembre 2010).

4 https://www.cnrtl.fr/definition/.

5 Même s’il s’agit d’une révolution vécue à moitié ou dont les objectifs ne seront pas atteints dans les autres pays (Égypte, Syrie)

6 Edward Saïd (1997) a bien montré comment se dessinent des rapports de domination derrière la reproduction de tels clichés, dans des contextes

7 « La notion Proche-Orient pour parler de l’espace historique du Moyen-Orient avant le XXe siècle, marquée par l’idée qu’il existe une proximité

8 « Pourtant, l'usage actuel dans les médias américains invite les lecteurs à faire exactement cela en se référant régulièrement à l'opinion publique

9 Nous insistons sur la Tunisie vu que ce fut le point de départ du PA.

10 Telle qu’une implication militaire et politique en Lybie.

11 Avec notamment l’arrivée du parti politique islamiste Ennahda qui obtiendra 89 députés au sein de l'assemblée constituante de 2011 (parti connu

12 chef du parti politique tunisien Ennahdha.

13 Président du Parti de la liberté et de la justice, formation issue des Frères musulmans, il représente le parti islamiste à l'élection

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1 Il s’agit d’une période de dix années témoignant des différentes tentatives de « promotion de la démocratie au Moyen-Orient » (FELIU 2003) par l’Occident à sa tête le président américain G.W.Bush et son gouvernement qui au lendemain des attentats du 11 septembre à New York avaient décidé d’envahir l’Irak afin de remodeler l’image du Moyen-Orient en y instaurant des régimes démocratiques par la force si nécessaire, afin d'assurer la sécurité de l'Amérique ( DENONCOURT 2011).

2 A ce sujet nous retenons les travaux de Thierry Hentsch et de Edward Saïd sur le discours orientaliste. Les deux auteurs attestent de l’existence d’un discours en Occident, portant sur les représentations négatives de l'Orient.

3 Attentats de Madrid (11 mars 2004), Attentats dans le métro de Londres (7 juillet 2005), Attentats de Stockholm (11 décembre 2010).

4 https://www.cnrtl.fr/definition/.

5 Même s’il s’agit d’une révolution vécue à moitié ou dont les objectifs ne seront pas atteints dans les autres pays (Égypte, Syrie)

6 Edward Saïd (1997) a bien montré comment se dessinent des rapports de domination derrière la reproduction de tels clichés, dans des contextes postcoloniaux.

7 « La notion Proche-Orient pour parler de l’espace historique du Moyen-Orient avant le XXe siècle, marquée par l’idée qu’il existe une proximité entre la France et l’Orient arabe (…) et la notion Moyen-Orient qui correspond à peu près à celle de Middle East (…) s’emploie préférentiellement dans un contexte contemporain. Toutefois, elle n’est pas aussi extensive. Ainsi, elle n’englobe jamais le Maghreb, considéré comme un espace bien distinct… » (CAPDEPUY 2008)

8 « Pourtant, l'usage actuel dans les médias américains invite les lecteurs à faire exactement cela en se référant régulièrement à l'opinion publique arabe métaphoriquement comme la rue arabe. Nous soutiendrons que cette métaphore construit l'opinion publique arabe de manière stéréotypée, inexacte et péjorative. Ainsi, l'utilisation généralisée de cette métaphore a le potentiel d'obscurcir la nature réelle de l'opinion publique dans le monde arabe, et d'entraver son engagement » [notre traduction].

9 Nous insistons sur la Tunisie vu que ce fut le point de départ du PA.

10 Telle qu’une implication militaire et politique en Lybie.

11 Avec notamment l’arrivée du parti politique islamiste Ennahda qui obtiendra 89 députés au sein de l'assemblée constituante de 2011 (parti connu comme une organisation proche des Frères musulmans).

12 chef du parti politique tunisien Ennahdha.

13 Président du Parti de la liberté et de la justice, formation issue des Frères musulmans, il représente le parti islamiste à l'élection présidentielle de 2012.

Figure . Chronologie des différents événements du PA

NEHARI-ROUBAI Nadjia

Université de Mostaganem

BENRAMDANE Farid

Université de Boumerdès

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