Les concepts fondamentaux de la linguistique arabe et leur exploitation pour l’analyse linguistique de la langue anglaise

المبادئ الأساسية للسانيات العربية واستغلالها في التحليل اللساني للغة الانجليزية

The Fundamental Concepts of Arabic Linguistics and Their Exploitation For The Linguistic Analysis of The English Language

Fatiha Khelout

Fatiha Khelout, « Les concepts fondamentaux de la linguistique arabe et leur exploitation pour l’analyse linguistique de la langue anglaise », Aleph [], 9 (3) | 2022, 30 April 2022, 11 August 2022. URL : https://aleph-alger2.edinum.org/5717

Dans cet article, nous présentons à travers la théorie néo-khalilienne (Hadj Salah 1979) une relecture des travaux des premiers grammairiens arabes tels que al-Khalil Ibn Ahmad al Farahidi et Sibawayh.
Pour cela, nous présentons les niveaux d’analyse linguistique selon cette théorie ainsi que ses concepts méthodologiques. Nous concluons par une évaluation de leur applicabilité à d’autres langues sur la base d’un exemple tiré d’une étude ayant eu pour objet l’analyse de la langue anglaise.

نقدم في هذا المقال قراءة لأعمال النحاة القدامي مثل الخليل بن أحمد الفراهيدي وسيبويه، وذلك بالاعتماد على النظرية الخليلة الحديثة للأستاذ عبد الرحمن الحاج صالح (1979).
نعرض في البداية المستويات اللغوية بالنظر إلى هذه النظرية وكذا أهم المفاهيم المنهجية التي تقوم عليها. ونختم هذا المقال بدراسة إمكانية تحليل لغات أخرى بالمنهج نفسه؛ على أساس نموذج مأخوذ من بحث كان هدفه التحليل اللساني للغة الإنجليزية (خلوت 2015).

We aim in this paper to rediscover, through the neo-Khalilian theory (Hadj Salah 1979), the works of the first Arab grammarians such as al-Khalil Ibn Ahmad al-Farahidi and Sibawaih.
For this, we have presented the different linguistic levels according to this theory as well as its basic methodological concepts and we have concluded by an evaluation of their applicability to other languages through an example taken from a study which aimed at analyzing the English language (Khelout 2015).

Introduction

Le langage est un ensemble de phénomènes complexes qu’on ne peut appréhender qu’à travers des outils qui permettent de définir, d’une part, les unités linguistiques de base qui le composent, et d’autre part, les opérations et procédés qui permettent à l’être humain de construire à partir de ces unités des unités langagières plus vastes.

Le principe d’unité, comme dit Jean Gagnepain, est un principe humain incontournable dans toutes les sciences : humaines et exactes (1994 : 23). Il s’agit d’un moyen que l’être humain utilise pour comprendre la nature. Comme dans la plupart des sciences, les unités

“ne sont pas données au départ : la langue se présente comme une masse indistincte qu’il faut segmenter. ‘La langue présente ce caractère étrange et frappant de ne pas offrir d’entités perceptibles de prime abord, sans qu’on puisse douter cependant qu’elles existent et que c’est leur jeu qui la constitue’ (Saussure, 1916, Réed. 1990 : 149)” (Fuchs & Le Goffic, 1992 : 18).

La détermination des unités linguistiques nécessite le recours à une analyse qui va au-delà de l’aspect linéaire de la parole, prenant en considération le fonctionnement spécifique du langage. Les mécanismes dynamiques de ce dernier intègrent de manière instantanée deux axes de fonctionnement des unités linguistiques : l’axe syntagmatique et l’axe paradigmatique.

C’est dans cette perspective que nous avons choisi de présenter la théorie néo-khalilienne (Hadj Salah 1979) comme modèle linguistique basé sur une lecture approfondie des travaux des premiers grammairiens arabes comme al-Khalil Ibn Ahmad al-Farahidi et Sibawayh.

Dans le présent article, nous décrivons les niveaux d’analyse linguistique ainsi que les concepts méthodologiques de cette théorie et nous concluons par un exemple tiré d’une étude ayant eu pour objet leur application pour l’analyse linguistique de la langue anglaise (Khelout 2015).

1. La théorie néo-khalilienne et le ‘Ilm al-‘Arabiyya (علم العربية)

La théorie néo-khalilienne est une théorie linguistique contemporaine fondée par le linguiste algérien Abderrahmane Hadj-Salah dans le cadre d’une interprétation globale du naḥw al-‘arabi (النحو العربي) sur la base d’un ensemble de notions ayant servi à son élaboration. Cette théorie présente ‘ilm al-‘arabiyya (علم العربية) de deux points de vue :

  • l’un issu du cadre général dans lequel sont nées les notions de cette science à travers l’examen des contextes dans lesquels elles apparaissent dans les écrits des anciens grammairiens arabes ;

  • l’autre consiste en une analyse de ces notions à travers des comparaisons avec des notions similaires ou contradictoires dans la linguistique contemporaine occidentale.

Hadj Salah explique l’objet du travail qu’il a entrepris comme suit :

“L’objet de notre étude s’identifie, en fait, avec la théorie contenue dans ce ‘ilm al-‘Arabiyya : il s’agira par conséquent, d’une approche portant sur une autre approche autrement dit une métathéorie. Notre tâche consistera donc, non seulement à identifier, à délimiter, et à décrire les multiples composantes de cette théorie, mais aussi à dégager des constantes à partir d’un examen systématique des données qui y sont contenues puis à reconstituer, autant que faire se peut, le système qui les intègre et que nous supposons être celui des premières générations.” (1979 I :16-17)

Ainsi, nous pouvons classer cette théorie parmi les travaux visant à reconstruire les “fondements méthodologiques, théoriques et épistémologiques qui auraient éclairé les grammairiens arabes dans leur traitement de la langue”2 (Sulmein 1998 : 30). Cette tâche n’est pas aisée car “étant orientée vers les données, la tradition grammaticale arabe était, naturellement, plus concernée par la description que la construction théorique”3 ((Sulmein 1998 : 30). En effet, les ouvrages, qui nous sont parvenus de cette tradition, ne présentent pas de manière explicite le cadre théorique ayant servi de base aux travaux des premiers grammairiens arabes. Toutefois, on ne peut contester son existence, puisque :

d’une part, il existe des traités qui ont tenté une telle explication, par exemple al-Ῑḏā d’az-Zağğāğī et al-Ḫaṣā’iṣ d’Ibn Ğinnī. D’autre part, puisque la description ne peut exister dans un vacuum théorique, l’existence d’une base théorique pour la tradition grammaticale arabe, aussi implicite soit-elle, doit être reconnue comme une nécessité logique.4 (Sulmein 1998 : 30)

L’analyse des premiers grammairiens arabes était à la fois empirique (expérimentale) et rationnelle (logico-mathématique), puisque, selon Hadj Salah, ces grammairiens ont distingué deux conceptions différentes mais complémentaires dans ‘ilm al-‘Arabiyya :

une linguistique considérée comme science expérimentale et dont l’objet essentiel est la systématisation rationnelle des faits et une linguistique hypothético-déductive dont le but serait l’examen de toutes les conséquences pouvant découler logiquement d’un certain nombre de principes. (1979 I : 116)

Ces deux conceptions se résument donc en : l’observation de ce qui est réellement utilisé, d’une part, et l’émission d’hypothèses sur ce qui n’a pas pu être observé sur la base du (qiyās, القياس), d’autre part. Toutefois, le samā‘ (السماع) avait la priorité sur le qiyās.

2. Les niveaux d’analyse selon la théorie néo-khalilienne

La théorie néo-khalilienne propose l’analyse de la langue arabe selon les niveaux suivants :

  • Niveau de la surrection ;

  • Niveau de la tectonie ;

  • Niveau de la lexie ;

  • Niveau de la kalima ;

  • Niveau des ḥurūf - phonèmes.

Le niveau central de l’analyse selon les grammairiens arabes est celui de la lexie (al-lafẓa اللفظة). Le schème générateur de la lexie, dit le ḥadd (حدّ) ou le miṯāl (المثال), montre les opérations qui permettent d’aller de l’énoncé minimum à des énoncés plus larges mais équivalents, dits naẓā’ir (نظائر). Le schème étant défini comme un ensemble de mawāḏi‘ (مواضع, positions virtuelles). Nous présentons ci-dessous, à titre d’exemple, le miṯāl qui définit les lexies nominales dans la langue arabe (pour plus de détails sur ce miṯāl voir (Hadj-Salah 2003 : 25-28) et (Hadj Salah 1979 II : 157-158)) :

Figure 1 : le ḥadd du ism (Cf. Hadj Salah 2003 : 26)

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Le noyau de la lexie (le aṣl الأصل) est défini comme étant la plus petite unité pouvant servir de message. C’est l’unité de parole précédée et suivie d’un silence. Trois autres critères formels s’ajoutent à ce critère intuitif, à savoir : l’ibtidā’ (الابتداء), l’infiṣāl (الانفصال) et le tamakkun (التمكن). Le premier désigne “l’attaque d’une séquence et par conséquent coupure avec tout ce qui peut la précéder” (Hadj Salah 1979 II : 157). Le second est “une coupure avec tout ce qui peut suivre” (Hadj Salah 1979 II: 157). Quant au tamakkun, il est défini comme étant une “variabilité incrémentielle et disjonctionnelle (…) critère complémentaire mais essentiel (…) pour déterminer d’une façon sûre les lexies” (Hadj Salah 1979 II: 161). À partir de ce niveau, nous pouvons atteindre deux niveaux inférieurs : celui des kalim (الكلم) et celui des ḥurūf (الحروف).

Au niveau phonologique, une matrice à double entrée permet de décrire les phonèmes selon le point et le mode d’articulation (Cf. La matrice génératrice des ḥurūf (Hadj Salah 2004 : 27)).

Les kalim sont des unités significatives minimales, d’un point de vue global et non segmental. Ces unités sont analysées en un schème séquentiel et une substance constituée de consonnes comme le montre l’exemple suivant :

Figure 2

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Les niveaux supérieurs sont le niveau supra-lexical (i.e., le niveau de la tectonie) et le niveau de la surrection. Le niveau supra-lexical intègre les unités des niveaux inférieurs (i.e., les lexies et les kalim) selon le schème : (R  Ti) T2  D. 

Ce dernier se compose de régisseurs (R), de termes régis (Ti) et d’unités périphériques (D). Il est important de noter que nous retrouvons au niveau supra-lexical certains kalim qui n’apparaissent pas au niveau de la lexie : c’est le cas de Inna (إنّ) et de ses homologues.

Voici comment on peut utiliser ce schème pour analyser les structures syntaxiques du type # ḏaraba Zaydun ‘Amran ’amsi # (ضرب زيدٌ عمراً أمس, i.e., Zayd a battu ‘Amr hier) :

Figure 3

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Les composants de ce schème entretiennent entre eux différents types de relations (binā’ (بناء) et waṣl (وصل)) comme le montre la figure suivante :

Figure 4

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Cette représentation peut aussi prendre la forme d’une arborescence comme le montre la figure suivante pour l’analyse de : # Kataba al-awlādu al-kibāru tamārinahum # (كتب الأولاد الكبار تماريناهم, Les grands enfants ont écrit leurs exercices) :

Figure 5 (Cf. Hadj Salah 2004 : 11)

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Le deuxième niveau supérieur est celui de la surrection. À ce niveau, des kalim qui n’appartiennent pas au niveau de la tectonie apparaissent dans la position de la ṣadāra (الصدارة). Cette dernière est une position, “initiale structurante plus abstraite” qui “permet de transcender les formules fondamentales” (Hadj Salah 2004 : 16).

3. Les concepts fondamentaux de l’analyse linguistique selon la théorie néo-khalilienne

Pour définir les unités linguistiques, la théorie néo-khalilienne propose, sur la base de l’analyse des premiers grammairiens arabes, un ensemble de concepts méthodologiques qui permettent d’analyser la langue arabe de manière objective, explicite et systématique6. De même, la formalisation du naḥw al-‘arabi (النحو العربي) permet de décrire les règles grammaticales de la langue arabe. Elle révèle aussi les mécanismes linguistiques qui permettent au locuteur, dit faṣīḥ (فصيح, locuteur natif), de produire et de comprendre des productions langagières grammaticalement correctes. Ces concepts sont : al-qiyās (القياس), al-bāb (الباب), an-naẓīr (النظير), al-ḥadd (الحدّ), al-mawḏi‘ (الموضع), al-aṣl et al-far‘ (الأصل والفرع), at-taḥwīl (التحويل).

Le qiyās est, selon Hadj Salah, le pilier de la pensée arabe. Il s’agit d’une “correspondance biunivoque des contenus de deux ou plusieurs classes ” (Hadj Salah 1979 II: 137), qui permet de définir les unités linguistiques non seulement grâce à leur appartenance à une catégorie d’éléments, mais aussi grâce à leurs relations avec des éléments d’autres catégories. Ainsi, le qiyās va au-delà de l’analyse comparative basée sur l’identité et l’inclusion, puisqu’il se base sur l’équivalence de structure, de comportement, etc. C’est, par exemple, en comparant : qalaba (قـَلَبَ) et ḍahaba (ذَهَبَ), que les grammairiens arabes ont défini le schème séquentiel fa‘ala (الوزن فَعَلَ), désignant ainsi tous les verbes qui sont construits sur la base de ce schème.

Figure 6

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Le qiyās est entièrement basé sur un autre concept important qui est celui du bāb. Ce dernier permet l’organisation des unités linguistiques dans des ensembles. Les éléments de chaque ensemble, ayant en commun une même structure ou un même comportement, sont dits naẓā’ir (نظائر, le pluriel de naẓīr). On parle, par exemple, du bāb des verbes trilitères fa’ala (باب فَعَلَ).

Le qiyās permet l’extraction des schèmes générateurs : ḥudūd (حدود, le pluriel de ḥadd حد) qui ne sont pas, comme souligne Hadj Salah (1979), de simples modèles imitatifs mais de vrais “matrices”. Le ḥadd “est défini comme un ensemble de transformations qui permettent d’aller d’un point de départ vers un ou plusieurs points d’arrivée selon des positions données” (Hadj Salah 2003 : 26). Il est question donc de modèles opératoires et dynamiques parce que les positions qui les composent ne sont pas fixes : elles sont virtuelles. Ce qui nous amène à parler de la notion de position : al-mawḏi‘ qui est “une entité virtuelle qui couvre tous les niveaux de la langue : de la production des ḥurūf à l’analyse du discours” (Hadj Salah 2003 : 152).

Le mawḏi‘ est virtuel car il ne se confond pas avec son contenu. Il peut contenir un ou plusieurs segments, ou même aucun. Le mawḏi‘ peut coïncider, mais n’est pas une simple position dans la chaîne parlée, puisqu‘ “il ne se confond pas toujours avec le lieu que peut occuper un élément dans un type d’énoncé” (Hadj Salah 2003 : 151). Tout comme “il peut ne pas avoir de rapport avec l’ordre des éléments tels qu’ils se présentent dans le discours concret” (Hadj Salah 2003 : 151). Le mawḏi‘ n’est donc pas défini seulement par la distribution ou “la fonction des éléments qui les occupent ; il s’agit d’une position que peut occuper une classe d’éléments non pas simplement dans l’axe syntagmatique mais aussi dans un schème opératoire abstrait à partir des deux axes en même temps” (Hadj Salah 2003 : 155).

Nous terminons par la notion de taḥwīl (التحويل), qui désigne les transformations réversibles qui, en quelque sorte, créent les contenus des positions du schème et permettent ainsi la production de toutes les unités linguistiques. Ces opérations allant du aṣl (الأصل) vers les furū‘ (الفروع, i.e., unités dérivées) permettent l’établissement d’un ordre dans l’axe paradigmatique. Ces deux notions sont très importantes, car pour les grammairiens arabes tout dans la langue est soit un aṣl ou un far‘ qui dérive du aṣl, assimilant ainsi le système de la langue à un réseau de transformations reliant les unités linguistiques directement entre elles.

4. L’exploitation des concepts fondamentaux de la théorie néo-khalilienne pour l’analyse de la langue anglaise

Comme nous venons de l’exposer, la théorie néo-khalilienne, grâce à une formalisation du naḥw al-‘arabi, a pu proposer un ensemble de schèmes opératoires qui permettent de définir et générer les unités linguistiques à différents niveaux de la langue et d’expliciter les relations qu’elles entretiennent entre elles.

Nous démarrons donc de l’hypothèse que le fonctionnement opératoire ainsi décrit pourrait exister dans d’autres langues sans que cela ne signifie que le découpage formel soit exactement le même. C’est ainsi que nous avons évalué l’applicabilité des différents concepts décrits dans cet article pour l’analyse de la langue anglaise (Khelout 2015). L’étude que nous avons réalisée sur la langue anglaise a abouti à la proposition d’un ensemble de schèmes au niveau lexical, supra-lexical, et celui de la surrection.

À titre d’exemple, nous présentons le schème proposé pour l’analyse des structures syntaxiques au niveau supra-lexical et plus précisément celui proposé pour l’analyse des phrases du type SVO (Sujet-Verbe-Objet) en langue anglaise.

Pour analyser ce type de phrases, nous avons désigné une unité gouvernante composée des éléments linguistiques suivants :

  • (S) : Sujet ;

  • (Tns) : l’élément inflectionnel du temps grammatical (soit le présent (Ø) ou le passé (ed)) ;

  • (Crd) : l’élément inflectionnel d’accord avec le sujet (C1 pour l’accord avec la première personne du singulier, C2 pour l’accord avec la deuxième personne du singulier et la première et deuxième personne du pluriel, C3 pour l’accord avec la troisième personne du singulier) ;

  • (Op.) : la position de l’opérateur qui apparaît avant le sujet dans le cas des interrogatives par exemple : You’ve been working / Have you been working. Cet opérateur est soit :

    • (Ø) : dans le cas où la forme verbale ne contient pas d’auxiliaire comme dans I work (Je travaille).

    • L’auxiliaire (Do) : dans le cas des formes verbales dites « ordinary non progressive » qui apparaissent dans les phrases affirmatives, négatives et dont la voix est active. Exemple : I don’t work today (Je ne travaille pas aujourd’hui).

    • L’auxiliaire (Be) : dans le cas des formes verbales dites « ordinary progressive ». Exemple : I am working everyday (Je travaille tous les jours).

    • L’auxiliaire (Have) : dans le cas des formes dites « perfectives ». Exemple : I have been working all day (J’ai travaillé toute la journée).

    • Un auxiliaire dit « modal comme will , shall, can , etc ». Nous proposons dans notre analyse que les « modal auxiliaries » apparaissent exclusivement au niveau supra-lexical contrairement aux autres auxiliaires « Do Have Be et aussi Ø » qui apparaissent même au niveau lexical.

  • T1 est la position du premier terme régis où est intégrée la forme verbale finie (par exemple work à partir de I work) ou le reste de la forme verbale après l’avoir séparée de l’opérateur. Par exemple dans I have been working : Have est l’opérateur et been working apparaît dans la position du premier terme régi.

  • T2 est la position du deuxième terme régis où apparaît l’objet quand le verbe est monotransitif.

  • D est la position où apparaissent les unités périphériques situées en dehors du binā’ comme l’adverbe de temps yesterday (hier).

Ceci nous amène donc à proposer le schème suivant pour décrire les phrases du type SVO:

Figure 7

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Afin d’expliciter cette structure, prenons l’exemple suivant : John wrote a book yesterday (John a écrit un livre hier). Comme nous allons le constater, le schème : (R  Ti) T2  D est tout à fait adéquat pour l’analyse de phrases de ce type.

Figure 8

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Ce schème est comparable à la formule proposée par Hadj Salah pour analyser, en langue arabe, les structures syntaxiques du type kataba Zaydun risālatan (Zayd a écrit une lettre).

Figure 9

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Nous rappelons que cette structure est constituée de :

  • Un régissant (R), qui est défini comme étant l’unité “qui cause un changement dans d’autres unités”7 (Al-Ġalāyīnī 1912 (Réed. 2006) III : 596) ;

  • Deux termes régis (T1 et T2) qui sont ceux dont “la terminaison change à cause du régissant”8 (Al-Ġalāyīnī 1912 (Réed. 2006) III : 596).

La rection est “la trace laissée suite à l’influence du régissant”9 (Al-Ġalāyīnī 1912 (Réed. 2006) III : 598). Dans la langue arabe, l’effet de la rection apparaît au niveau de la terminaison du nom qui est, à titre d’exemple, régi au raf‘ (الرفع) dans le cas du sujet ou au naṣb (النصب) dans le cas de l’objet (مفعول به maf‘ūl bihi). Par contre, l’aspect morphologique du nom dans la langue anglaise ne change pas selon son cas. Ce type de changement n’est apparent que dans le cas des pronoms personnels. Dans une phrase comme : Mary gave the letter to Florancia (Mary a donné une lettre à Florencia), les pronoms avec lesquels nous pouvons remplacer respectivement Mary et Florancia sont she et her ; ceci dit que la phrase correcte correspondante est She gave the letter to her et non *She gave the letter to she. Le même phénomène est observé en langue arabe, puisque la forme des pronoms affixes est différente de celle des pronoms dans la position du sujet. Donc, au lieu de *ḏaraba huwa hum (*ضرب هو هم i.e., *il a battu ils) ou ḏaraba anā anta (*ضرب أنا أنت, i.e., *j’ai battu tu), nous trouvons ḏarabahum (ضربهم) and ḏarabtuka (ضربتك).

Le premier terme régi est le premier terme qui est sous l’effet du ‘āmil (العامل). Dans les deux langues, il ne peut pas être omis, parce que “le régissant doit avoir un effet de rection sur au moins un terme” (Hadj Salah 1979 II : 193), à l’exception des réponses courtes, « short answers » en anglais, bien qu’elles soient dépendantes du contexte.

Nous soulignons, en dernier que l’ordre R, T1 ne peut être inversé. En langue anglaise, par exemple, Takes dans He takes ne peut précéder le sujet contrairement aux auxiliaires qui fonctionnent comme opérateurs au niveau supra-lexical. C’est le cas des éléments régis au raf‘ en langue arabe, qui ne peuvent pas précéder les termes qui les régissent. Nous notons, cependant, que ne nous situons pas ici au niveau du discours, au niveau duquel des distorsions sont possibles. Dans ce contexte, nous retenons la citation suivante de Sibawayh sur l’importance de la relation entre le sujet et son verbe :

“le sujet, quelle que soit la façon dont on le manipule, est celui pour lequel le verbe est construit, et l’objet est un élément supplémentaire dans le kalām dont on peut se passer. Le sujet est virtuellement premier (taqdīruhu at-taqdīm), même s’il apparaît dans le discours plus tard, parce que le verbe ne peut pas se passer de lui.”10 (I, 68, note I).

Cette ‘solidarité’ entre le verbe et son sujet est confirmée par le changement morphologique de la forme du verbe selon le pronom qui apparaît dans la position du sujet grammatical : am (Je suis), ou are (Tu es), etc. Ainsi que le maintien de la même forme morphologique avec le même sujet : He works (Il travaille), He sings (Il chante), He writes (Il écrit) etc. ainsi que les réponses aux questions du type : What does he do ? (Qu’est-ce qu’il fait ?) : He works (Il travaille et non works (travaille).

Conclusion 

En conclusion, nous devons souligner que ce qui est présenté dans cet article est juste un exemple d’analyse de la langue anglaise selon les concepts fondamentaux de la théorie néo-khalilienne. Cet exemple est tiré d’une étude (Khelout 2015) plus détaillée à travers laquelle nous avons démontré la puissance des concepts méthodologiques tels que : al-qiyās (القياس), al-bāb (الباب), an-naẓīr (النظير), al-ḥadd (الحدّ), al-mawḏi‘ (الموضع), al-aṣl et al-far‘ (الأصل والفرع), at-taḥwīl (التحويل). Au-delà de l’applicabilité de ces notions pour l’analyse d’autres langues, le principal objectif dans cet article consiste à souligner l’importance que l’on doit accorder à l’originalité de la pensée des premiers grammairiens arabes qui ont permis une description rigoureuse de la langue.

2 Traduit de “the reconstruction of the methodological, theoretical and epistemological foundation which are thought to have informed the Arab

3 Traduit de “Being data-oriented at inception, AGT [Arabic grammatical tradition] was, not unnaturally, more concerned with description than theory

4 Traduit de “On the one hand, there exist treatises on Arabic grammar which attempt such an explanation, for example Zağğāğī’s ḏāand Ibn Ğinnī’s

5 « R = régissant ; T1 = terme régi en 1er ; T2 terme régi en 2ème ; D = déterminant ; A = article ; d = désinence casuelle ; CA = complément

6 Caractéristiques d’une étude scientifique du langage. (Cf. Crystal 1985: 77).

7 ما يحدث تغيّرا في غيره فهو العامل “mā yuḥdiṯu taġayyuran fī ġayrihi fa-huwa al-‘āmilu” .

8 ما يتغيّر آخره بالعامل فهو المعمول. “mā yataġayyaru āḫiruhu bi-l-‘āmil fa-huwa ma‘mūl”

9 الأثر الحاصل بتأثير العامل “al-aṯarr al-ḥāṣil bi-ta’ṯīr al-‘āmil” .

10 “al-fā‘ilu kayfamā taṣarrafta fīhi al-ḥālu fahuwa al-laḏī yubnā lahu al-fi‘lu. Wa al-maf‘ūlu k-al-fuḏlati fi-l-kalām li-l-’istiġnā’i ‘anhu. Wa-l-fā

)الفعل كيفما تصرفت فيه الحال فهو الذي يبنى له الفعل. والمفعول كالفضلة في الكلام للإستغناء عنه. فالفعل وإن كان مؤخرا فإن تقديره التقديم لأن الفعل لا

Al-Ġalāyīnī, M. (1912). Ğāmi‘Ad-dourouss al-‘Arabiyya. (Réed. 2006). Lebanon: Al-Maktaba al-‘Aṣriyya.

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2 Traduit de “the reconstruction of the methodological, theoretical and epistemological foundation which are thought to have informed the Arab grammarians in their treatment of the language.”

3 Traduit de “Being data-oriented at inception, AGT [Arabic grammatical tradition] was, not unnaturally, more concerned with description than theory building.”

4 Traduit de “On the one hand, there exist treatises on Arabic grammar which attempt such an explanation, for example Zağğāğī’s ḏā and Ibn Ğinnī’s Ḫaṣā’iṣ. On the other hand, since description cannot take place in a theoretical vacuum, the existence of a prior theoretical framework for AGT [Arabic grammatical tradition], no matter how covert this may be, must be granted as of logical necessity.”

5 « R = régissant ; T1 = terme régi en 1er ; T2 terme régi en 2ème ; D = déterminant ; A = article ; d = désinence casuelle ; CA = complément adnominal ; GE = groupe épithète. » (Cf. Hadj Salah 2004 : note 5, p. 11)

6 Caractéristiques d’une étude scientifique du langage. (Cf. Crystal 1985: 77).

7 ما يحدث تغيّرا في غيره فهو العامل “mā yuḥdiṯu taġayyuran fī ġayrihi fa-huwa al-‘āmilu” .

8 ما يتغيّر آخره بالعامل فهو المعمول. “mā yataġayyaru āḫiruhu bi-l-‘āmil fa-huwa ma‘mūl”

9 الأثر الحاصل بتأثير العامل “al-aṯarr al-ḥāṣil bi-ta’ṯīr al-‘āmil” .

10 “al-fā‘ilu kayfamā taṣarrafta fīhi al-ḥālu fahuwa al-laḏī yubnā lahu al-fi‘lu. Wa al-maf‘ūlu k-al-fuḏlati fi-l-kalām li-l-’istiġnā’i ‘anhu. Wa-l-fā‘ilu wa in kāna mu’aḫaran fa-ina taqdīruhu at-taqdīmu, li-anna al-fi‘l lā yastaġnī ‘anhu”

)الفعل كيفما تصرفت فيه الحال فهو الذي يبنى له الفعل. والمفعول كالفضلة في الكلام للإستغناء عنه. فالفعل وإن كان مؤخرا فإن تقديره التقديم لأن الفعل لا يستغني عنه(

Fatiha Khelout

CRSTDLA et URSL1Centre de Recherche Scientifique et Technique pour le Développement de la Langue arabe & Unité de Recherche en Sciences du Langage - Algérie

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