Étude descriptive et comparative des pronoms personnels à l’œuvre dans les parlers kabyles situés à l’est de Béjaia-ville

دراسة وصفية ومقارنة للضمائر الشخصية المستعملة في اللهجات القبائلية الواقعة شرق مدينة بجاية

Descriptive and comparative study of personal pronouns in kabyle speakers of the eastern Bejaia region

Ourida AISSOU

p. 45-61

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Ourida AISSOU, « Étude descriptive et comparative des pronoms personnels à l’œuvre dans les parlers kabyles situés à l’est de Béjaia-ville », Aleph, 9 (1) | 2022, 45-61.

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Ourida AISSOU, « Étude descriptive et comparative des pronoms personnels à l’œuvre dans les parlers kabyles situés à l’est de Béjaia-ville », Aleph [En ligne], 9 (1) | 2022, mis en ligne le 26 mai 2021, consulté le 03 octobre 2022. URL : https://aleph-alger2.edinum.org/5606

L’objectif de cette contribution est l’étude de la variation morphologique des substituts en kabyle, plus précisément celle des substituts personnels (affixes et autonomes) qui sont à l’œuvre dans les parlers kabyles situés à l’est de Béjaia-ville. Il sera question, dans un premier temps, de dresser un état des lieux des pronoms berbères sur la base duquel nous procéderons, dans un second temps, à une comparaison des formes attestées dans la région concernée par cette étude.
L’intérêt d’une telle étude est, au moins, double. D’un côté, nous rendrons compte de la diversité des réalisations morphologiques des pronoms personnels qui sont à l’œuvre dans la région kabyle à l’étude ; de l’autre, nous pourrions, par le biais de la comparaison de ces données, dresser des faisceaux d’isoglosses à l’intérieur de l’aire dialectale kabyle.

الهدف من هذه المساهمة هو الاختلاف المورفولوجي لبدائل القبائل ، وبشكل أكثر دقة ، البدائل الشخصية (اللاحقات والاستقلال الذاتي) في لهجات شرق بجاية. سيكون السؤال أولاً، وضع قائمة جرد لضمائر البربر، على أساسها سننتقل، في المرة الثانية، إلى وصف مقارن لتلك الموجودة في المنطقة المعنية.

الفائدة من مثل هذه الدراسة ذات شقين على الأقل. من ناحية، سنأخذ في الاعتبار تنوع الإدراك الصرفي للضمائر الشخصية التي تعمل في منطقة القبائل قيد الدراسة؛ من ناحية أخرى، من خلال مقارنة هذه البيانات، يمكننا رسم مجموعات من متساوي اللسان داخل منطقة لهجة القبائل.

The object of this contribution is the morphological variation of Kabyle substitutes, more precisely, personal substitutes (affixes and autonomous) in the dialects of eastern Bejaia. It will be a question, firstly, of drawing up an inventory of the Berber pronouns, on the basis of which we will proceed, in a second time, to a comparative description of those of the region concerned.
The interest of such a study is, at least, twofold. On the one hand, we will account for the diversity of the morphological realizations of the personal pronouns that are at work in the Kabyle region under study; on the other hand, by comparing these data, we could draw clusters of isoglosses within the Kabyle dialect area.

Introduction

Au milieu des années 1990, Chaker (1995 : 8) pensait que la variation interne aux dialectes berbères (ou : amazighs) est marginale. Mais, une décennie plus tard, le même auteur (cf. Chaker, 2006 : 126), qui a dû modifier sa position, et El Mountassir (2009 : 90) ont soutenu le contraire et pensent que la variation au niveau des parlers locaux est aussi, sinon plus importante que la variation entre les dialectes. Nous partageons la même idée générale sur la variation intradialectale et nous comptons en monter le bien-fondé de cette hypothèse dans une région kabyle, peu étudiée jusque-là : la région de l’est de la ville de Béjaia.

Cette région s’étend sur environ 50 km de littoral de la Méditerranée et sur 40 km vers l’intérieur du pays. Les points d’enquête retenus sont au nombre de dix-neuf (19) et sont choisis de façon à couvrir les divers parlers composant la région à l’étude. De l’est à l’ouest, il s’agit de façon plus précise des parlers suivants : Ait Bimoun, Tagouba, Ait Amrous, IghilWis, Tizi n Berber, Aokas, S. EL.Tennine, Melbou, Ait Segoual, Laâlam, Tamrijt, Ighzer Ouftis, Ait Mbarek, Taregragt, Ait Merâi, Ijermounen, Qelaoun, Bouyman et Ait Bourman, auxquels nous donnerons respectivement les numéros 1 à 19. Dans la suite de cette contribution, nous utiliserons donc ces dénominations : parler 1 = Ait Bimoun ; parler 2 = Tagouba, parler 18 : Bouyman ; parler 19 : Ait Bourman.

Pour rappel, Kamal Nait Zerrad (2004 : 4068) a subdivisé la variété (i. e. dialecte) kabyle en quatre sous-dialectes ou aires linguistiques : le kabyle occidental, le kabyle extrême occidental, le kabyle oriental et enfin le kabyle extrême-oriental, lequel correspond à la région à l’étude. Ce découpage (linguistique) suggère donc que ces parlers (extrême-orientaux) sont homogènes et rejoint l’opinion répandue selon laquelle les habitants de cette région se désignaient eux-mêmes Isaliyen et que le kabyle parlé ici est désigné sous la dénomination : tasalit. La réalité est que ces deux dénominations, qui viennent par ailleurs de l’extérieur à la région, ne sont pas du tout partagées par les habitants de toute la région. Pour rappel, le tasait est le nom qui désigne le seul parler kabyle d’Aokas, c’est-à-dire l’un d’entre les 19 parlés étudiés ici. En ce qui concerne l’homogénéité suggérée qui caractériserait ces parlers, notre hypothèse générale est que celle-ci est très relative, bien qu’il existe entre les 19 parlers étudiés une intercompréhension nettement meilleure, par rapport à celle qui existe entre les parlers composant ce sous-dialecte et ceux des autres sous-dialectes kabyles. La présente étude, qui portera sur l’étude comparative des pronoms personnels à l’œuvre dans cette région, nous permettra d’en savoir plus sur cette relative homogénéité suggérée.

Nous savons que cette variation peut se situer aux différents niveaux de la langue (phonétique, morphologie, lexique et syntaxe), mais dans la présente étude, limitée et restreinte, nous n’en aborderons qu’un aspect particulier : il s’agira des différentes réalisations morphologiques des pronoms et, plus précisément, des pronoms personnels.

L’intérêt d’une telle étude est, au moins, double. D’un côté, nous rendrons compte de la diversité des réalisations morphologiques des pronoms personnels qui sont à l’œuvre dans la région kabyle à l’étude ; de l’autre, nous pourrions, par le biais de la comparaison de ces données, dresser des faisceaux d’isoglosses à l’intérieur de l’aire dialectale kabyle.

1. Quelques définitions utiles

1.1. Les substituts ou pronoms

Les substituts, appelés également pronoms, désignent une forme brève, qui est susceptible de prendre la place du nom ; ils ont donc le même emploi que le nom. Ce qui les distingue des noms se situe par contre sur un autre plan : tandis que les pronoms appartiennent à des inventaires limités (i. e. classe grammaticale), les noms appartiennent à une classe lexicale ouverte. Par ailleurs, les pronoms sont scindés en deux sous-catégories distinctes, les pronoms personnels, et les pronoms non personnels. En voici une définition plus explicite :

Le pronom est une catégorie grammaticale de substituts de noms divers que nous regroupons dans deux sous-catégories ; celle des pronoms personnels et celle des pronoms non personnels. La sous-catégorie des pronoms personnels réunit les pronoms qui se distinguent les uns les autres par un système d’opposition de la personne grammaticale. Les pronoms non personnels, par contre, ne font pas partie d’une série d’opposition systématique de personnes grammaticales, mais peuvent tout de même référer à des entités humaines. Lafkioui, 2007 : 116

Dans la présente étude, nous n’aborderons que la première sous-catégorie, à savoir les pronoms personnels, autonomes et affixes.

1.2. Pronoms personnels

Les substituts personnels se divisent en deux types distincts. On a, d’un côté, les pronoms indépendants dits autonomes et, de l’autre, les pronoms affixes. Tous les deux s’accordent en genre et en nombre par rapport à la personne grammaticale. Selon Galand (1966 : 286), les deux types de pronoms affichent de nombreuses spécificités morphologiques qui se situent tant au niveau des pronoms indépendants qu’à celui des pronoms affixes. Cette variabilité n’est pas particulière aux parlers kabyles, mais elle touche à tous les parlers berbères. Plusieurs berbérisants, en témoignent, dont Basset (A.), 1952, et Galand, 1966 et 2002, pour l’ensemble des parlers berbères ; Penchoen, 1973 pour le parler d’Ait Frah (chaouia) ; Bentolila, 1981 pour le parler d’Ait Seghrouchen (Maroc) ; Chaker, 1983 pour le parler d’Irjen (Kabyle occidental) ; Allaoua, 1995 pour le parler des Ayt Ziyan ; Rabehi, 1994, Aissou, 2007, et Berkai, 2011 et 2014 pour le parler d’Aokas (kabyle extrême-oriental) ; Kossmann, 2000 pour le Rifain oriental ; Nait Zerrad, 2004 pour l’ensemble des parlers berbères ; Lafkioui, 200 pour l’ensemble des parlers rifains ; Idir, 2009 pour celui d’Akfadou (kabyle occidental) ; et récemment, Guerrab, 2014 pour l’ensemble des parlers kabyles, Boudjellal, 2015 pour l’ensemble des parlers chaouis.

La variation du système pronominal berbère et sa complexité sont dues non seulement à la variation dialectale, mais aussi à l’environnement syntaxique, à savoir la distribution des périphériques. C’est ce que Galand (2002 : 166) explique ici :

Le système des pronoms personnels berbères est extrêmement complexe dans le détail, et cela non seulement à cause des variations dialectales, mais pour un parler donné, en raison de modifications que subissent les formes selon leur position, leur environnement, parfois aussi par leur degré d’expressivité.

1.2.1. Les pronoms personnels autonomes

Ces pronoms sont considérés comme une sous-catégorie des pronoms personnels, ils sont indépendants et plurifonctionnels selon Allaoua (1995 : 106). Cette sous-catégorie est appelée jadis par Basset (1952 : 29) pronom isolé ou tonique, selon Sadiqi (1997 : 130).

1.2.2. Les pronoms personnels affixes

Ce sont des pronoms personnels dépendants, appelés aussi clitiques (Sadiqi, 1997 : 132). Ils sont caractérisés par le fait qu’ils n’apparaissent jamais seuls et qu’ils ont besoin d’un radical, dans la plupart des cas verbal, pour s’attacher à lui. C’est ce qu’explique leur critère de dépendance. Basset (1952 : 30), Chaker (1983 : 148-153) et enfin Rabehi (1994 : 102-108) en ont identifié cinq catégories : affixe après préposition, affixe du nom, affixe du nom de parenté, affixe du verbe régime direct et affixe du verbe régime indirect.

Dans la présente, nous nous limiterons à l’étude des deux dernières sous-catégories, à savoir les pronoms personnels affixes du verbe, régime direct et régime indirect, qu’ils soient par ailleurs situés avant ou après le verbe. C’est, pensons-nous, au niveau des pronoms personnels affixes du verbe qu’il y a matière à décrire.

2. Description et comparaison des données du terrain

Après ce bref exposé sur les définitions des substituts ou pronoms, en général, nous passerons à présent à la description de ceux-ci, tel qu’ils se manifestent dans les 19 parlers à l’étude, et à leur comparaison, pour pouvoir montrer les convergences et les divergences qu’il y a entre eux.

2.1. Les pronoms autonomes

En comparant le parler d’Aokas – qui correspond ici au Parler 6 – avec les parlers de la Soummam et ceux du Djurdjura, Berkai (2011 : 105) a conclu que la variation touche toutes les formes des pronoms, les courtes et les longues. La seule personne qui échappe à la variation (i. e. morphologique), remarque-t-il, est la 3e personne du singulier (masculin et féminin) qui, pour rappel, ne possède pas de formes allongées en kabyle. Mais, si l’on prend en considération l’aspect phonétique, cette identité n’est pas tout à fait totale, puisque les formes attestées dans le Parler 6 sont articulées avec une consonne dentale [T] occlusive, en revanche dans les autres parlers kabyles (Soummam et Djurdjura), elles sont affriquées [Ts].

2.2. Les pronoms invariables

En ce qui concerne les pronoms personnels autonomes à l’œuvre dans les 19 parlers étudiés, nous avons remarqué ce qui suit :

  • La forme courte de la première personne du singulier nekk, « je », « moi » est identique dans tous les 19 parlers étudiés ;

  • La troisième personne du masculin singulier netta, « il » et la troisième personne du féminin singulier nettat, « elle », ne possèdent pas de formes allongées ; le [t] finale de la troisième personne du féminin singulier nettat connaît une variation d’ordre phonétique qui n’altère pas cependant le système phonologique kabyle, mais l’interdentale tendue [tt] devient affriquée [ţţ] dans les parlers1, 2, 3 et 19.

  • La forme courte de la première personne du masculin pluriel nekni, « nous » et celle du féminin pluriel nkenti, « nous » connaissent une variation d’ordre phonétique (labiovélarisation de la vélaire/K/), en donnant respectivement [nekwni] et [nkwenti] (nous, au masculin et au féminin), sont à l’œuvre dans les parlers 19, 12 et 13.

2.3. Les pronoms variables

La variation des pronoms autonomes dans les 19 parlers explorés est remarquable. Elle touche les deux formes du pronom, la courte et la longue, et de ce fait altère le système d’articulation de base. En voici un relevé exhaustif.

  • La forme longue de la 1re personne du singulier nekki/nekkini, « moi » est attestée à parler1 et au parler 19, mais elle varie dans les parlers ci-contre comme suit :

  • Il y a une alternance vocalique i/a, en donnant nekkina (nekkini), « moi », dans les parlers 18, 17, 16, 15, 14, 13, 12, 11, 10, 9, 8, 7, 6, 5, 4, 3 et 2 ;

  • Il y a un allongement avec l’adjonction d’un élément phonique [t], qui donne nekkinta, forme attestée dans les parlers 5 et 6 ;

  • La forme courte de la 2e personne du masculin singulier cekk1 (kečč, partout ailleurs en Kabylie), « toi », est attestée dans les parlers suivants : 18, 17, 16, 15, 14, 13, 12, 11, 10, 8, 9, 7, 6 et 5.

Ce pronom cekk, existe également sous la forme longue : cekkina (cekk + i + na) et cekkinat (cekk + i + na + t), dans les parlers suscités.

Mais dans les parlers 6 et 5, il y a un allongement de la forme cekk, ce qui donne : cekkinta (cekk + i + n (t) a) ;

Dans d’autres parlers, il y a jonction de deux phénomènes phoniques : d’un côté, il y a interversion k/c, de l’autre un changement de lieu d’articulation [k--- č/ǧ], ce qui donne kečč, forme attestée dans les parlers 1 et 19 et kečč ou keǧǧ, forme attestée dans les parlers 4, 3 et 2.

Dans ces derniers parlers, sont attestées également les formes allongées kečči/keǧǧi (kečč/keǧǧ + i) et keččina/keǧǧina (kečč/keǧǧ + i + na).

Dans les deux extrémités (parlers 1 et 19) de l’aire explorée, nous retrouvons la forme kečči – forme attestée partout ailleurs en Kabylie – avec cependant une alternance vocalique a/i : keččina (keččini).

Ces variations morphologiques sont récapitulées dans le tableau ci-contre.

Tableau 1

Pronom

Variantes

Les parlers



Cekk (2e pers. masc.sing.

Cekkina/cekkinat

5, 6, 7, 8, 9, 10, 11, 12, 13, 14, 15, 16, 17 et 18

Cekkinta

5 et 6

Kečč/Keččini

1 et 19

Kečč, kečči, keččina/keǧǧ, keǧǧi, keǧǧina

2, 3 et 4

  • La forme courte de la 2e personne du féminin singulier kemm, « toi », attestée dans les parlers 6, 5, 4, 3 et 2, mais également dans les deux extrémités [parlers1 et 19], subit les mêmes transformations que la deuxième personne du masculin singulier :

  • Allongement en aboutissant à kemmi/kemmini [kemm + i + ni], dans les parlers 1 et 19 et partout ailleurs en Kabylie ;

  • Alternance vocalique entre la forme allongée kemmini et la forme allongée kemmina [i/a], attestée dans les parlers 6, 5, 4, 3 et 2 ;

  • Allongement avec l’adjonction d’un élément phonique [t] en aboutissant à kemminta [kemm + i + n (t) a] dans les parlers 6 et 5 ;

  • Changement de lieu d’articulation : de la vélaire/k/, par assourdissement, à la chuintante/c/entre les deux formes courtes kemm et cemm, attestée dans les parlers 18, 17, 16, 15, 14, 13, 12, 11, 8, 9, 10 et 7.

  • La forme courte cemm subit, dans les mêmes parlers, un allongement en aboutissant à la forme longue cemmina [cemm + i + na] et cemminat [cemm + i + na + t] ;

Ces transformations sont synthétisées dans le tableau suivant :

Tableau 2.

Pronom

Variantes

Les parlers



kemm [2e pers. masc sing.]

Kemmi, kemmini

19 et 1

Kemmina

6, 5, 4, 3 et 2

Kemminta

6 et 5

Cemm, cemmina, cemminat

18, 17, 16, 15, 14, 13, 12, 11, 10, 9, 8 et 7

  1. La forme longue de la 1re personne du masculin pluriel neknim/neknit et celle du féminin pluriel nkentim/nkentit, « nous », résultat d’un allongement de la forme nekni et nkenti, elles-mêmes sont variables neknim/neknit [nekni + m/t] et nkentim/nkentit [nkenti + m/t] et elles sont attestées dans les parlers 18, 6 et 5, neknim et nkentim dans le parler 14, neknit et nkentit dans le parler 1 ;

  2. La forme courte de la deuxième personne du masculin pluriel kunwi, « vous », attestée dans les parlers 19, 18, 17, 16, 15, 14, 12, 11, 10, 9, 8, 7, 6, 5, 4, 3, 2 et 1, subit :
    – Une alternance vocalique [u/e] dans le parler 13 en donnant la forme kwenwi ;
    – Un allongement en aboutissant à kunwim/t [kunwi + m/t] dans les parlers 18, 6 et 5 ou « kunwit » [kunwi + t] dans le parler 1 ;

  3. La forme courte de la deuxième personne du féminin pluriel kunemti, « vous », est attestée dans les parlers : 19, 18, 17, 16, 15, 14, 12, 11, 10, 9, 8, 7, 6, 5, 4, 3, 2 et 1. Elle subit :

  • Une alternance vocalique [u/e] dans le parler 13 en donnant la forme kwennemti ;

  • Un allongement en aboutissant à kunemtit [kunemti + t], attestée dans les parlers : 18, 14, 6, 5, 1.

  1. La forme courte de la deuxième personne du féminin pluriel : kunemti, subit une restriction ou une syncope, et donne kunti [kunemti-m, formes attestées dans le parler 19. La forme réduite kunti subit elle aussi un allongement dans le même parler, ce qui donne la forme kuntit (kunti + t).

  2. La forme courte de la 3e personne du masculin pluriel : nutni, « ils », attestée dans 03 parlers (18, 14 et 13), subit les transformations suivantes :

  • un allongement nutnin (nutni + n), dans les parlers 18 et 14 ;

  • Une débucalisation2 qui est l’affaiblissement de l’interdentale sourde spirante [ṯ] en laryngales [h] [ṯ]> [h]. Ce qui fait que la forme nutni devient nuhni, forme attestée dans les parlers des deux extrémités (parler 19 et 1), et dans les parlers de la partie est (parlers 17, 16, 15, 13 et 12), dans les parlers du centre élargi (parlers 1110, 9, 8, 7, 6 et 5) et enfin la partie ouest qui contient les parlers 4, 3 et 2, tout comme le parler des At Yemmel, mais également dans les parlers aux alentours (Kabyle oriental).
    Enfin, la forme nuhni subissant un allongement, devient nuhnim/nuhnit (nuhni + m/t) dans les parlers 5 et 6 ; devient nuhnim (nuhni + m) dans le parler 12 ; et devient nuhnit (nuhni + t) dans les deux parlers extrêmes (parlers 19 et 1).

  1. La forme courte de la 3e personne du féminin pluriel nutenti, « elles », attestée dans les Parlers18, 14 et 13, se manifeste également sous la forme allongée nutentit (nutenti + t) dans les mêmes parlers. Cette forme subit une débucalisation, en donnant nuhenti dans les parlers (19, 17, 16, 15, 13, 12, 11, 10, 9, 8, 7, 6, 5, 4, 3, 2 et 1).

  2. La forme allongée nuhentim (nuhenti + m) est attestée dans les parlers 6, 5 et 12.

  3. La forme allongée nuhentit (nuhenti + t) est attestée dans les parlers des deux extrémités (parlers 1 et 19).

Récapitulons toutes ces réalisations dans le tableau ci-contre.

Tableau 3.

Pronom

Variantes

Les parlers



nutni/nutenti
(3e pers. pl. masc./fém.)

nutni, nutnin/nutenti, nutentit

18, 14 et 13

nuhni/nuhenti

19, 17, 16, 15, 13, 12, 11, 10, 9, 8, 7, 6, 5, 4, 3, 2 et 1

Nuhnim, nuhnit/nuhentim, nuhentit

6, 5 et 12 (—it)

nuhnit/nuhentit

19 et 1

3.Les pronoms personnels affixes régime direct

La variation des pronoms affixes régime direct dans les 19 parlers de la région de l’est de Béjaia-ville est très importante que ce soit par rapport aux autres parlers kabyles ou entre eux. Ce qui les différencie des autres parlers kabyles, à l’instar du parler d’Irjen, de la Soummam et de Djurdjura c’est la variabilité de toutes les personnes, excepté la 1re personne du singulier (— iyi/iy) (Aissou, 2007 et 2010) et (Berkai, 2014).

3.1. Les pronoms invariables

Ce sont les pronoms personnels affixes communs aux 19 parlers étudiés. Il s’agit de la 1re personne, que ce soit singulier ou pluriel :

  • Le pronom de la 1re personne singulier (— iyi) perd la voyelle initiale/i —/, seulement en position postposée, quand le verbe est à final vocalique, ex. : [izla-yi] [=« il m’a égorgé »]. Quant à la voyelle finale/— i/, elle s’efface systématiquement quand le pronom est en position préposée, ex. : [d’iy-izlu/d’iy-tezlu] « il/elle va m’égorger » ;

  • Le pronom affixe régime direct de la 1re personne du pluriel (— aɣ/aɣ —) invariable en genre, connu dans les parlers de Djurdjura et ceux de la Soummam comme l’a déjà souligné Berkai (2014 : 83), subit un allongement pour aboutir à la forme (— aneɣ) postposée au verbe dans tous les parlers étudiés et du coup, il est variable en genre : (— aneɣ) pour le masculin et (— anteɣ) pour le féminin. Ces dernières formes (— aneɣ) et (— anteɣ) subissent une métathèse entre la consonne/n/et la consonne/ɣ/quand elles sont préposées au syntagme verbal, elles deviennent (aɣen —) et (aɣent —).

3.2. Les pronoms variables

Dans les 19 localités étudiées, les différences concernent quasiment toutes les personnes, seule la1ère personne (singulier et pluriel) est identique.

  • Le pronom affixe régime direct de la 2e personne du singulier (— ik/ik —) pour le masculin et (— im/im —) pour le féminin, subit une alternance vocalique (i/a) et devient (— ak) et (— am) dans les parlers 16, 15 et 10, ex. : [ttibbiɣ-ik/— im] qui aboutit à [ttibbiɣ-ak/am]. Cette alternance vocalique, est sujet à confusion entre le pronom affixe régime direct (— ik) et le pronom affixe de régime indirect (— ak) : [ttibbiɣ-ak/am] qui veut dire « je t’aime toi » dans les parlers 16, 15 et 10, signifie « j’aime à toi (quelque chose) » dans les 16 autres parlers.

  • Le pronom affixe régime direct de la 3e personne du singulier, masculin ou féminin [— (i) t/[i] tt], attesté dans les parlers : 1, 2, 3, 4 et 19 subit une alternance vocalique (i/a) et aboutit à (-at/att) dans les 14 autres parlers de la région étudiée ;

  • Le pronom affixe régime direct de la 3e personne du singulier masculin [—(y) at] perd son interdentale sourde spirante [ṯ] appelée l’élément pronominal par Basset (1952 : 33), même sans la présence de la modalité d’orientation spatiale dans le syntagme verbal, uniquement dans les parlers 8, 9 et 10, et il aboutit à la forme (y) a3, ex. : [iwa-ya] [= « il l’a frappé » [il a frappé lui]] ;

  • Le pronom affixe régime direct de la 2e personne du masculin pluriel « - ikum » connaît deux variantes dans la région étudiée :

  1. (y) iwen dans 14 parlers (17, 18, 16, 15, 14, 13, 12, 11, 10, 9, 8, 7, 6 et 5) ;

  2. (y) ikum dans 05 parlers (4, 3, 2, 1 et 19).

  3. Le pronom affixe régime direct de la 2e personne du pluriel féminin « – (y) ikumt », attesté dans les parlers 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 11, 12, 15, 16, 17 et 19, subit :

  • Alternance vocalique (u/e) et labiovélarisation de la palatale [/kw] pour aboutir à la forme (— iwemt) dans les parlers 13, 14 et 18 ;

  • Une permutation par le lieu d’articulation de (m/n) de la forme (— iwemt) et devient (— iwent) dans le parler 12 ;

  • Connaît une variante à base de la forme du masculin (— iwen/ — iwent), attestée dans le parler 10.

Tableau 4.

Pronom

Variantes

Les parlers


– ikumt (2e p. pl.fém.)

– ikumt

1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 11, 15, 16, 17 et 19

iwemt

13, 14 et 18

iwent

12

iwent

10

– Les pronoms affixes directs de la 3e personne du masculin pluriel (— ten/ten —) ou féminin pluriel (— tent/tent —) attestés dans les parlers kabyles que nous avons évoqués plus haut, subissent :

  • Un amuïssement du t en h (— hen/hen —) pour le masculin et (— hent/hent —) pour le féminin, dans les parlers : 1, 19, 2, 3 et 4, tout comme le parler des At Yemmel, mais également dans les parlers aux alentours (Kabyle oriental), ex. [Yezla-hen/Yezla-hent] « il les a égorgés » en position postposée et [a hen-yezlu /a hent-yezlu] [= « il va les égorger »] en position préposée ;

  • Une élision4 de l’interdentale [t] en aboutissant à (— in/in5 —) et (— int/int —) attestées dans les parlers : 5, 6, 7, 12, 13, 14, 15, 16, 17 et 18, ex. : [Yezla-yin/Yezla-yint] [= « il les a égorgés »] en position postposée et [d’in-izlu/d’int-izlu] [= « il va les égorger »] en position préposée ;

  • Les formes (— in/in —) et (— int/int —) subissent une alternance vocalique (i/a) en aboutissant à (— an/an —) et (— ant/ant —) dans les parlers 11, 10, 8 et 9. C’est ce que montre : [Yezla-yan/Yezla-yant] [=« il les a égorgés »] en position postposée et [d’an-izlu/d’ant-izlu] [=« il va les égorger »] en position préposée. C’est ce que montre ce tableau :

Tableau 5.

Pronom

Variantes

Les parlers

-ten/— tent pron. aff. dir. (3e pers.pl. masc./fém.)

-hen/— hent

1, 2, 3, 4 et 19

—(y) in/— (y) int)

5, 6, 7, 12, 13, 14, 15, 16 et 17 et 18

– (y) an/– (y) ant

8, 9, 10 et 11

En berbère, la variation des pronoms affixes est aussi influencée par le contexte syntaxique, à savoir la combinaison de ces pronoms avec les autres modalités périphériques du verbe, particulièrement la modalité d’orientation spatiale. C’est ce que nous pouvons lire dans ce propos : « Le système pronominal berbère est fort complexe et connaît une variation morphologique remarquable liée à (…) La variation de contexte syntaxique, surtout sur le plan de la distribution et de la combinatoire des unités de l’axe syntagmatique (…) » (Lafkioui, 2007 : 116)

Cette influence affecte particulièrement les pronoms affixes régime direct dans quelques parlers de la région située à l’est de Béjaia-ville :

  1. L’interdentale fricative du pronom affixe régime direct de la 3e personne, singulier masculin (— [y] a) s’efface, accompagnée d’une alternance vocalique (a/i), avec l’introduction de la modalité d’orientation spatiale dans les parlers 6 et 5, ex. : [iwwi-ya] « il l’a emmené » qui aboutit à [iwwi-yadd-i] « il l’a emmené vers ici » ;

  2. Le pronom affixe régime direct de la 3e personne, singulier masculin (— [y] at, avec l’introduction de la modalité d’orientation spatiale, subit :

  • Simplement, une alternance vocalique [a/u] dans les parlers 7, 8, 9, 10, 11, 12, 13, 14, 15, 16, 17 et 18 ;

  • Alternance vocalique [a/u] et élision de l’interdentale fricative [ṯ], dans les mêmes parlers, c’est le cas de  [iwwi-yat] [=« il l’a emmené »] qui aboutit à [iwwi-yadd-u (t)] [=« il l’a emmené vers ici »] ;

  • Le pronom affixe régime direct de la 3e personne, singulier féminin [— (y) att] subit une alternance vocalique [a/i] accompagnée d’un affaiblissement de l’interdentale : de l’occlusive tendue/T/à la simple spirante [ṯ] à voisinage de la modalité d’orientation spatiale dans les parlers 5, 6, 7, 8, 9, 10, 11, 12, 13, 14, 15, 16, 17 et 18, ex.  [iwwi-yatt] [= « il l’a emmené »/« il a emmené-elle »] qui aboutit à [iwwi-yadd-i] « il l’a emmené vers ici »/« il a emmené vers ici/elle ») ;

De ces faits, nous pouvons conclure que dans les parlers que nous venons de citer, l’opposition ente le masculin et le féminin, pour le pronom affixe régime direct, du moins le singulier, est marquée par l’alternance vocalique et non par l’adjonction du morphème du féminin/t/comme c’est le cas des autres parlers kabyles, ex. : [yewwi-t-id] (=« il a emmené-lui-vers ici ») pour le masculin et [yewwi-tt-id] (= « il a emmené-elle-vers ici ») ;

  • Le pronom affixe régime direct de la 3e personne, singulier féminin « — (i) tt », attesté dans les parlers parler 19, 1, 2, 3 et 4, subit un changement en passant de l’interdentale sourde tendue/tt/, morphème du féminin, à la pharyngale/h/quand il se trouve côte à côte avec la modalité d’orientation spatiale, ex. : Nejmeɛ-itt (= « on l’emmagasine »/« on emmagasine elle ») qui aboutit à nejmeɛ-ih-d « on la ramasse » (on ramasse-elle-vers ici), équivalent de nejmeɛ-itt-id (on ramasse-elle-vers ici) dans les parlers kabyles évoqués par Berkai (2014).

  • Dans le parler de Tifernin qui voisine celui du parler 4, c’est plutôt l’interdentale sourde spirante [ṯ], morphème du masculin, qui aboutit à la pharyngale/h/quand il se trouve avec la modalité d’orientation spatiale, ex. : [nejmeɛ-i] (= « on emmagasine-lui ») qui aboutit à [nejmeɛ-ih-d] (= « on ramasse-il-vers ici ») ;

  • Le pronom affixe régime direct de la 3e personne du pluriel masculin « — (y) in » ou féminin « – (y) int », attesté dans les parlers 5, 6, 7, 12, 13, 14, 15, 16, 17 et 18, subit (exception faite pour les parlers 5 et 6) une alternance vocalique (i/u) à voisinage de la modalité d’orientation spatiale et aboutit ainsi respectivement à (— un/ — unt), ex. : iwwi-yin « il les a emmenés » (il a emmené-eux), mais iwwi-yadd-un (=« il a mené-vers ici-eux ») ; iwwi-yint ( = « il a emmené-elles ») mais iwwi-yadd-unt ( = « il a mené-vers ici-elles »). Ce qui retient notre attention ici est que contrairement au pronom de la 3èmepersonne du singulier où la distinction entre le masculin et le féminin est purement vocalique : (-ut) pour le masculin et (-it). Pour le féminin, le pronom affixe régime direct de la 3e personne du pluriel féminin récupère le morphème/t/(— unt) qui le distingue du masculin (— un).

4. Les pronoms personnels affixes régime indirect

Les parlers de la région de l’est de Béjaia-ville, par opposition aux pronoms affixes régime direct, ne dévoilent pas de divergence au niveau des pronoms personnels affixes régime indirect. Ils sont, presque, d’une similitude parfaite, que ce soit entre eux ou par rapport aux autres parlers kabyles (Berkai, 2014 : 84). La seule variation morphologique remarquable se situe au niveau de la première personne du pluriel, quand le pronom est anticipé. Il s’agit de la métathèse comme nous l’avons déjà expliqué auparavant : - aneγ (=« à nous ») (masculin) à la position postposée (aγen —) (=« à nous ») à la position préposée ; — anteγ (=« à nous ») (féminin) à la position postposée (aγent—) (=« à nous ») à la position préposée.

Voici un tableau récapitulatif de ces pronoms affixes régimes indirects 

Tableau 6.

Pronoms affixes indirects

suffixés au verbe

préfixé au verbe

Singulier

1re
2e masculin
2e féminin
3e

– iyi
– (y) ak
–(y) am
—(y) as

yi–
ak-
am-
as-

Pluriel

1re du masculin
1re du féminin
2e du masculin
2e du féminin
3e du masculin
3e du féminin

- (y) aneɣ
- (y) anteɣ
– (y) awen
– (y) awent/– akumt
– (y) asen
- (y) asent

aɣen-
aɣent-
awen-/wen-
awent —/akumt/went — /kunt-
asen-
asent —

De ce qui précède, deux faits retiennent notre attention :

  • Si la présence de la voyelle initiale (— a) de la forme suffixée est conditionnée par l’environnement consonantique dans quelques parlers kabyles comme le cas du parler d’Irjen (Chaker, 1983), dans les 19 parlers étudiés elle est toujours présente, et, en cas de verbe à finale vocalique, il y a l’intervention du hiatus, ex. Terna-yak (=« elle t’a ajouté ») et Tenna-yas6 « elle lui a dit » ;

  • Par contre, la voyelle initiale (a —) des formes suffixées tombe, à la position préposée (préfixée), uniquement, devant la particule de l’aoriste a attestée dans six parlers : 1, 2, 3, 4, 17 et 19, c’est le cas de [a s-nekkes aqecwal-nni] (ad as-nekkes aqecwal) « on la débarrasse des brindilles en question », attesté dans le parler 19 ;

  • [luqeḏ a s- ṯesseḥmuṯ aman, a tt- ssrǝṭḇǝṯ luhay n uzgen ssaɛa ḇac’a s-ṯekkes ṯweddaɛṯ] « alors, on lui réchauffe de l’eau, on la trempe environ une demi-heure pour évacuer les bourrelets indémêlables »), attesté dans le parler de Parler 17 ; a tt-nefsu, a s-nekkes aqecwal, « on la démêle, on la débarrasse de ses brindilles »), attesté dans les parlers1, 2, 3 et 4.

Devant la particule de l’aoriste di, cette voyelle initiale a - du pronom affixe régime indirect est maintenue, c’est plutôt la voyelle finale – i (de la particule de l’aoriste di) qui s’élide. Le maintien de la voyelle initiale du pronom est attesté dans 13 parlers, comme le montrent les exemples suivants :

  • [mbeɛd d’att-nsewwe s ukecca bac d’as-nekkes ixecxac imeyuna] « après, on la fouette à l’aide d’un bâton pour lui ôter les petits débris », attesté dans les parlers 8 et 9 ;

  • [miqal i nekkes, d’att-nessere gaman iman, d’as-nexem ṣṣaon] « une fois terminée, on la ramollit dans l’eau chaude, on lui met du savon », attesté dans les parlers 12, 13 et 14.

Conclusion

Au terme de cette description/comparaison portant sur la variation des pronoms personnels dans les parlers kabyles de la région de l’est de Béjaia-ville, nous avons constaté que l’homogénéité de ce groupe appelé extrême orientale est effectivement relative. Si cette homogénéité se manifeste au niveau des pronoms affixes régime indirect. Elle est loin d’être acquise quant aux autres sous-catégories du pronom, la variabilité est notable, que ce soit pour les pronoms autonomes ou pour les pronoms affixes régime direct.

  • Pour les pronoms autonomes, mis à part la forme courte de la 1re personne nekk, toutes les personnes sont plus ou moins différentes ; la variation est soit d’ordre phonétique (affrication, labiovélarisation ou alternance vocalique), soit d’ordre morphologique (allongement de différentes manières) comme c’est le cas de : Nekki/nekkini/nekkina/nekkinat et nekkinta.

  • Pour les pronoms affixes régime direct, l’interdentale fricative [ṯ] est aussi sujet de variation. Elle est attestée h dans les parlers des deux extrémités (parlers 1 et 19) et dans les parlers de la partie ouest de cette région (parlers 2, 3 et 4) puis par élision de cette interdentale dans les autres parlers étudiés.

Et enfin, si nous tenons compte de la variabilité de ces pronoms personnels, la région de l’est de Béjaia-ville est hétérogène. Nous pouvons la subdiviser en quatre groupes plus au moins homogènes :

  • Groupe des deux extrémités qui contient : Parlers1 et 19 ;

  • Groupe de la partie ouest : Parlers 2, 3 et 4 ;

  • Groupe du centre : Parlers 5, 6 et 7 ;

  • Groupe de la partie est : Parlers 8, 9, 10, 11, 12, 13, 14, 15, 16, 17 et 18.

1 Cette forme est attestée dans les parlers rifains (Kossmann, 2000 : 79) et Ait Zeghrouchen du Moyen Atlas Central (Bentolila, 1981 : 75)

2 Ce phénomène est trés répandu dans les parlers des Aurès et dans les parlers de la Soummam.

3 Cette forme est évoquée par Rabehi (1994 :104) en disant que ce phénomène d’élision de l’élément pronominal t est attesté dans beaucoup de dialectes

4 Pour ce qui est de la variation de l’interdentale /t/, les avis des linguistes sont différents : A. Basset (1952 :32) et Rabehi (1994 :104) parlent

5 Ces formes sont attestées (-in) et (-inet) dans les parlers touareg (Basset, 1952 : 32-33).

6 Dans le parler d’Irjen, c’est plutôt les formes terna-k et tenna-s qui sont attestées (la chute de la voyelle initiale a- du pronom indirect –ak/as)

Aissou (Ourida), 2007, Étude comparée de deux parlers kabyles (parler d’Aokas & parler d’Irjen), mémoire de magister (sous la direction de Kamal Nait Zerrad), Université de Béjaia.

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Carte des 19 points d’enquête (par communes)

1 Cette forme est attestée dans les parlers rifains (Kossmann, 2000 : 79) et Ait Zeghrouchen du Moyen Atlas Central (Bentolila, 1981 : 75)

2 Ce phénomène est trés répandu dans les parlers des Aurès et dans les parlers de la Soummam.

3 Cette forme est évoquée par Rabehi (1994 :104) en disant que ce phénomène d’élision de l’élément pronominal t est attesté dans beaucoup de dialectes et l’on peut se reporter à une étude de (Brugnatelli, 1994).

4 Pour ce qui est de la variation de l’interdentale /t/, les avis des linguistes sont différents : A. Basset (1952 :32) et Rabehi (1994 :104) parlent de disparition de l’élément pronominal t en suivant le schéma : t---h---Ø comme c’est le cas de : iten---ihen---in « les » alors que Berkai (2014 :83) parle de [amuïssement du t d’abord en h, puis par semi-vocalisation du h en y, et enfin en i, par vocalisation du y en suivant le schéma t---h---y---i]. Ceci n’est pas tellement convaincant quand on sait que la forme attestée dans le parler de Melbou, pour la 3 ème personne singulier masculin, est « –a » par opposition à la forme « -at » attestée dans le parler d’Aokas et autres. C’est aussi le cas de la 3 ème personne du pluriel « -an/-ant », où c’est la voyelle « a » et non « i » qui est attestée. C’est plutôt le schéma de chute (élision) qui est logique. 

5 Ces formes sont attestées (-in) et (-inet) dans les parlers touareg (Basset, 1952 : 32-33).

6 Dans le parler d’Irjen, c’est plutôt les formes terna-k et tenna-s qui sont attestées (la chute de la voyelle initiale a- du pronom indirect –ak/as)

Ourida AISSOU

Université de Béjaia/CRLCA Béjaia

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